Comtesse de Aude Picault

Aude Picault est une jeune dessinatrice ayant entre autres fait un blog BD coopératif (notamment avec Boulet).

En bref, une jeune femme de l’aristocratie assiste au départ de son prétendant guindé et austère. A partir de cela, son imagination déborde et c’est un flux constant de situations incongrues. Se tapant tous les serviteurs, ayant toutes les formes de rapport possibles, elle explore ses envies.

Le trait clair et sans fioritures d’Aude Picault, ainsi que le cadrage intelligent aident le lecteur à percevoir l’ennui de la jeune femme et la richesse de ses fantasmes. Il n’y a aucun dialogue, aucun mot dans cette BD. Et l’auteur s’attarde sur des détails comme des positions de mains, des regards très évocateurs. La notion de fantasmes est relative selon le lecteur. Mais il y a peu d’intérêt d’y voir des « vraies » scènes.

Bien moins humoristiques que les autres volumes de BD CUL, la BD dégage quand même une certaine légèreté, un coté un peu vite fait. Mais laissez vous emporter dans cette lecture rapide et fraiche.

(Version lue BD CUL)

Pornostars de Giovanna Casotto

Nous avons déjà parlé de Giovanna Casotto pour In Bed With Sonia X.

En bref, « Pornostars » est un recueil d’histoires courtes mettant son auteur en scène. Les scénarios sont tour à tour légers et plus durs. En gros, on passe d’une petite histoire rigolote à de la baise sans retenue.

Jouant donc de son personnage, croisant la réalité avec la fiction, Giovanna crée un univers fantaisiste. Mais c’est un peu fade, vite fait et expédié. Si les poses dessinées sont le plus souvent très explicites, on peut reprocher la vilaine photo d’elle qu’elle incruste dans une de ses pages. On la préfère dessinée finalement. Dommage, c’est une très belle tentative, mais ça fait retomber la petite excitation. La réalité n’est pas toujours engageante (surtout la très mauvaise qualité de la photo).

Comme pour « In Bed… », le trait est tout de même plaisant. Casotto veut nous exciter, elle veut qu’on la désire. Et ces couleurs savamment distillées soit se lèvres, soit sur quelques vêtements, font mouche et retiennent l’oeil. Il faut cependant aimer les femmes très poilues (je sais c’est trivial, mais c’est la forêt vierge chez elle).

C’est une lecture d’un quart d’heure, pas déplaisante au final, pas non plus à se taper la tête contre les murs.

– Regarde… Je n’ai pas mis de culotte… C’est très agréable de se balader comme ça… Touche-moi ici…

(Version lue « Selen Présente » – Vents d’ouest)

Sam Bot de Raoul Buzzelli

Si on s’intéresse à l’évolution de la Bande Dessinée érotique, nous sommes obligés de passer par la case ElviFrance. Cette société d’éditions, reprenant essentiellement des publications italiennes, a sévi dès le début des années 70 jusque la fin des années 80 et elle a le palmarès de la société la plus visée par la censure.

Raoul Buzelli a vécu dans l’ombre de son frère Guido, qui connaissait plus de succès à l’époque. Son personnage Sam Bot et son auteur semblent être les mêmes personnes fauchés.

Sans titre-1En bref, Sam Bot est un jeune londonien sans le sou avec un terrible secret : il a un sexe énorme.

Les aventures du pauvre Sam le feront rencontrer Orchidée, une blonde jamais rassasiée, son oncle Archibald, collectionneur d’artefacts de tueurs en série et son majordome Pear Odor qui empeste. Tous les personnages sont hauts en couleurs, quasiment fous, loufoques c’est certain.

Si les histoires sont relativement peu sexuées, l’adaptation de George Bielec est de grande qualité. L’argot employé, les jeux de mots multiples en font une lecture hautement distrayante malgré une base lourde. Les premières pages décrivent la vie de Sam, dans la dèche, sans aucun espoir.

Le tout est un vrai délice! Les tribulations de Sam et de la bande sont pleines de rebondissements, d’humour, de clins d’oeil coquins, des morts, des courses. La collectionnite aigüe de l’oncle Archibald orientée vers les tueurs en série et leurs équipements sert de moteur à l’histoire.

Petite anecdote : Toutes les femmes (sauf la tante Bot) sont forcément saute-au-paf et insatiables. Mais c’est traité de façon légère. Pour autant, le propos est loin d’être misogyne, le héros n’est jamais maitre de ses élans.

Il faut quand même rappeler que les parutions ElviFrance étaient des lectures adultes (soit violentes ou sexelles) et là, l’objet est de faire rire, détendre. C’est réussi. J’attends la suite des aventures de ce personnage attachant.

– Ca me botte! Quel énorme trésor, capitaine Sam! Quelles fabuleuses richesses! Comment un aussi volumineux secret a-t-il pu rester caché?

(Version lue Delcourt Erotix)

Chiara Rosenberg de Roberto Baldazzini et Celestino Pes

ou « La Double Vie d’Une Dominatrice. »

Que produit la rencontre entre Baldazzini, le dessinateur des « Casahoward« ,  et Pes, le scénariste de « Magenta« ? On pouvait s’attendre à un monstre oscillant entre comédie et personnages ultra pervers, il n’en est rien. Ils nous délivrent une réflexion sur le sadomasochisme et l’amour en général.

Roberto Baldazzini Chiara Rosenberg CouvEn bref, Chiara est soumise à son mari avec lequel les jeux sont de plus en plus durs, violents et humiliants. La rencontre avec un jeune photographe bouleverse la vie de la belle brune qui devient la maitresse du jeune homme.

On découvre ce couple visiblement proche aux jeux sexuels pervers et tordus dont Chiara parait victime, et dans lesquels le mari se complait à laisser aller sa cruauté pour parvenir à s’exciter. La vie sexuelle d’un couple marié semblant passer par une loi tacite, celle où l’homme sera celui qui jouit au dépend de sa femme. C’est malgré tout un couple uni, malgré l’ennui que Chiara montre.

Concernant l’amant, le rapport s’inverse. Lui, amoureux transi, se transformera peu à peu en fou furieux, prêt à tout pour son amour qu’il assimile au divin. Il remplit cependant un rôle important pour Chiara qui voit en lui une échappatoire de son mariage et s’en servira comme d’un objet pour pallier à ses frustrations. Car, oui, l’héroïne, frustrée par son rôle de chose entre les bras de son mari, devient une redoutable tortionnaire pour son amant, imposant sa domination de la même façon brutale que son époux.

Le dessin de Baldazzini est parfait pour ce récit bien plus psychologique que ces autres ouvrages. Je m’étonnerai toujours du trait si simple contrastant avec une histoire si rude, si crue.

Définitivement à lire !

– Je fais ce que je veux, que ce soit à toi ou à ton chien !

(Version lue Delcourt Erotix – Editions en couleurs)

La Planète des Vülves de Hugues Micol

Hugues Micol publie essentiellement aux Editions Ferraille.

Micol Planete des vulves COuvEn bref, dans plus de 600 ans, le monde va mal : il n’y a plus de femmes, plus une seule. Mais la technologie française a repéré une planète émettant des hormones féminines. Une équipe est envoyée là bas pour sauver l’humanité!

Dans un style rendant hommage aux récits de science fiction et surtout à Barbarella, Micol s’amuse dans son histoire improbable. Ca se lit en une vingtaine de minutes. Le ton humoristique de l’ensemble ruine tout érotisme, mais ça vaut le coup.

Et puis c’est complètement gaulois. La France au top de la recherche, La France avec un président qu’on reconnait bien, la France avec de la diversité et ses Français, tout y passe, on grince un peu des dents.

Mais gardons à l’esprit que c’est une parodie et qu’elle est plutôt de bon niveau. Idéal pour se détendre et franchement pas si bête au final.

– Je vois votre vrai visage, Français ! Des assassins! Des TUEURS DE VÜLVES !

(Version lue BD CUL)

Celluloid de Dave McKean

Dave McKean s’est rendu célèbre pour les couvertures de Sandman et aussi pour son travail sur Batman Arkham Asylum, qui sont à eux deux parmi les comics les plus enthousiasmants des années 90.

En bref, une femme arrive dans un appartement. Après une conversation téléphonique décevante avec ce qui semble être son amant, elle regarde un film à partir d’un projecteur. Le film montre un couple en plein ébat. Au terme du film, une porte se trouve dans l’écran. Elle l’ouvre et sy’engouffre.

Ce « roman graphique » va rebuter plus d’un lecteur. Pas une seule parole, pas un mot n’est prononcé. Mais ce n’est pas tout. Le style graphique est très élaboré, mélangeant toute sorte de techniques dont la photographie, le collage, la retouche. On a affaire à un vrai travail artistique.

Chaque porte franchie par l’héroïne entraine un changement de style, des nouvelles couleurs, des nouveaux délires (femme à la poitrine multiple, comparaison de fruits et de sexe, fellation sur un diable, etc.). On se trouve vite happé dans ces univers où les mots fantasmes et délires se mêlent et qui sont à prendre comme autant de tableaux aux inspirations variées et modernes (cubisme, etc.).

Celluloid est un projet ambitieux qui m’a enthousiasmé. La dernière « projection » m’a beaucoup fait penser à « Lost Highway » de David Lynch avec la découverte du film porno avec la blonde en héroïne. C’est une BD érotique très cérébrale et relativement peu excitante, quoique… A lire !!!

(Version lue Delcourt)

Sex In Italy 1 de Luca Tarlazzi

Luca Tarlazzi est un dessinateur italien aux intérêts divers dont le tatouage.

Luca Tarlazzi Sex In Italy T1 CouvEn bref, Marco et Serena forment un couple libre et le scénario et le crayon de Tarlazzi s’attardent sur la belle blonde.

Et Serena est la blonde telle qu’on imagine la femme volcanique, celle qui, sur un clin d’oeil, un toucher, une simple situation, se transforme en garce totale. On pense à la joie de son compagnon Marco, nettement plus plat, juste queutard à la coupe improbable.

Donc s’enchainent des scènes d’exhibition, de sexe libre et décomplexé, plans à trois, etc. C’est gratos, Serena est ouverte, tout le monde peut entrer. Et elle en redemande, la coquine.

Concernant le dessin, il y a un je ne sais quoi qui rappelle Liberatore (Ranx), sûrement les couleurs. Certaines case avec Serena sont assez puissantes, ses poses sont plus que suggestives. Tout lecteur la gardera en tête, surtout que son anatomie nous est entièrement dévoilé sans pudeur.

Il faut prendre « Sex In Italy » pour ce que c’est, une bonne récréation, quasi décérébrée avec le côté lecture à une main. Pour une stimulation plus cérébrale, on ira voir ailleurs.

– Votre pommade est efficace, mais sitôt qu’on m’encule ca recommence. A votre avis, suis je trop étroite?

(Version lue DYNAMITE Editions)

(Les pages disponibles ici sont extraites d’une édition précédente, la traduction a été refaite entre autres)

Histoire d’Une Histoire de Guido Crepax

Guido Crepax fait partie des chouchous de BDérotique.

histoire-d-une-histoire CouvEn bref, une femme prend plusieurs identités pour vivre plusieurs histoires et multiplier ses amants, tout aussi imaginaires. Ainsi ce sont 3 femmes que nous suivons Claudia, Valentina et Virginia. Toutes ont une identité graphique, mais aussi des comportements et des spécialités.  Mais ce n’est pas suffisant.

Et donc, comme souvent dans les BDs de Crepax (notamment les Anita) on se sent perdu, on perd pied. Et la sensation est délicate. On doit perdre pied et pénétrer la folie des personnages, se mettre à leur niveau et comprendre leur délire.

C’est aussi un de ses albums les plus extrêmes, le sexe est complètement délirant. Les pratiques décomplexées de la masturbation, fellation, et autres sont complétées par des exercices périlleux de coquetier humain, d’urologie, etc. L’obscénité touche au grotesque, la folie est permanente. Les jeux deviennent dangereux avec une arme de poing et des foulards enroulés autour du cou.

Le lecteur « 1er degré » risque d’être fort déçu par ce récit sans queue ni tête. Et Crepax, certainement conscient du caractère abrupt de cette BD, fait dire à un personnage « Avec l’imagination, tout est possible, non? N’avez vous pas entendu parler de surréalisme? »

Encore une fois, malgré des débordements déstabilisants, Crepax tape dans le mille et livre une œuvre intelligente, un peu trop peut être. A lire! A lire! A lire !

– Reconnais que tu n’es pas insensible à la fascination de l’obscène !

(Version lue Albin Michel 1982 – épuisé)

Teddy Beat de Morgan Navarro

Morgan Navarro nous livre une œuvre originale, drôle, légère et très enthousiasmante.

Morgan Navarro Teddy Beat CouvEn bref, Teddy est un jeune skateur dessinateur qui a facilement le baggy aux chevilles. Et pour cause, dans les histoires qu’il vit, il tombe sur son dealer reconverti en proxénéte de « putes libérées. » Il va aussi aider une jeune stagiaire pour son futur tatouage. On le verra aussi à la plage goûter aux plaisirs des rousses et enfin ce sont les joies du trekking et du camping qu’il partage avec nous.

Il faut bien préciser que la BD nous propose un format particulier évoquant les vieilles parutions ElviFrance (format poche donc), mais dans un univers décalé. Teddy, le héros, est une sorte d’ours en peluche verte avec une casquette sur la tête. Ses diverses conquêtes sont tout aussi originales (lapine, personnage tronqué, etc…).

J’ai adoré tout simplement. Décomplexé et amusant, on est pas devant une BD prétentieuse. Le dessin enfantin tranche avec le réalisme recherché par l’essentiel des auteurs du genre. C’est frais, inventif et bien plus stimulant que d’autres.

– Putain Teddy, avec qui tu traînes? Des poils de chatte? Comme en 96?

(Version lue BD CUL)

Les Fleurs Du Mâle de Hugdebert

Hugdebert est une dessinateur français. Il signe aussi sous son vrai nom, Guillaume Berteloot.

En bref, 4 copains évoquent leur vie sexuelle avec les épisodes les plus croustillants.

Le ton est donc très hard. On est dans la discussion fantasmée entre potes. Personnellement je n’ai jamais eu un début de conversation comme la leur, ce qui me fait penser à « Derrière la Porte Verte », film pornographique des années 70. Dans ce film, les protagonistes évoquent une sorte de légende urbaine et y placent tous les fantasmes. C’est la cas ici.

Et donc ces messieurs ne sont guère originaux. Femmes soumises et salopes, femmes faciles et toujours demandeuses, etc. Elles y sont secrétaires, maitresses, prostituées, actrices de films X, affamées… On se retrouve donc face à un récit porno sans grande saveur pour l’essentiel. Les 2 dernières pages visant à une sorte de poésie pour justifier le titre sont tout simplement ridicules.

Concernant le dessin, le trait est gâché par la colorisation sauvage, qui, je trouve, nuit souvent à la lecture et vieillit mal. C’est certainement très éloigné des préoccupations de l’auteur à l’époque.

En conclusion, il n’y a rien d’essentiel dans la lecture de cette BD. Je reprocherai essentiellement  la froideur du propos. Seule curiosité, la pénétration inversée, je n’en dis pas plus… (et encore…)

– Jusqu’à la fin où elle a tenu à tout recevoir sur le visage.

(Version lue Bandes Dessinées pour Adulte – International Presse Magazine – épuisé)