La Comtesse Rouge de Georges Pichard

Georges Pichard pourrait être nommé parrain des auteurs de BD érotiques (ou pour adultes) français.

En bref, La Comtesse Erzsebet Bathory amène à son château un jeune homme épris d’elle. Celui-ci va découvrir ce que cache la beauté de l’aristocrate.

S’appuyant sur le folklore caucasien, au même titre que le Vlad l’Empaleur qui inspira Dracula, la BD montre les atrocités commises par la comtesse qui inspira an partie le mythe du Vampire, éternellement jeune et mortellement séduisante.

Et Pichard réussit merveilleusement à illustrer le charme envoutant de Bathory. Le dessin la rend attirante et dangereuse. Le personnage est aussi fascinant que décrit. Malgré tout le ton du texte amène une certaine distance, notamment pour les scènes de torture très statiques, proche de tableaux.

Mais nous sommes plongés dans un récit classique à la Bram Stoker (référence évidente) et le tout a tout de même une aura bien particulière qui mérite sa lecture.

– La fréquentation d’une femme libre et intelligente forme un jeune homme mieux que dix professeurs.

(Version lue Dominique Leroy Editions – Ebook)

Le Dressage de Jane par Chris

Chris est le pseudonyme de Xavier Musquera, dessinateur espagnol .

Chris Dressage de Jane CouvEn bref, Jane, orpheline blonde de 17 ans, est servante-soubrette dans un club privé. Son patron tatillon cherche la petite bête pour lui faire subir les pires outrages. Elles est loin de se douter qu’un donjon BDSM l’attend le soir pour satisfaire les demandes des autres membres du club.

Avec un dessin très proche de celui de W.G. Colber (ou Mancini ou Clébor selon le pseudo utilisé), Chris enchaine les scènes de soumission vaguement contrainte. Comme souvent dans les BD de cette époque, le lecteur n’y croit pas du tout et l’anatomie semble une notion oubliée. On peut blâmer la rapidité d’exécution des planches et le travail très alimentaire que ces albums étaient pour leurs auteurs.

Au sommaire, le lecteur aura droit à des scènes SM de pacotille, des dialogues stupides, des dessins approximatifs (mais pas si laids). On aurait tendance à plaindre la pauvre Jane, mais ses tortionnaires ne sont pas si cruels. Le portrait des adeptes du SM n’est pas flatteur, ce sont des vieux ou des grosses. Et que dire de Jane? Ah non elle est prude et chaste, mais au fond elle aime bien qu’on prenne son corps pour un objet. Les féministes doivent se suicider à une telle lecture.

« Le Dressage de Jane » est davantage comique à ses dépends qu’érotique. L’archéologue de la BD érotique appréciera le coté années 80, les autres ne le regarderont pas. Tout cela est bien trop premier degré.

– Tu as mal, hein? Dis-moi que je te fais souffrir…

– Oui Madame… J’ai le cul en feu… Mais j’aime…

(Version lue SM COMIX)

Nuits de Croqueur de Alain Frétet

Alain Frétet est un dessinateur français.

En bref, 5 histoires courtes dans une Amérique moite sont au programme. Avec un ton de polar, Frétet laisse aller ses histoires dans beaucoup de directions et c’est un étalage de pratiques sexuelles qui nous sont dévoilées. Portées par son dessin et sa mise en page assez originale, les histoires se révèlent néanmoins un peu vides.

Il y a du drame et du contexte lourd pour les personnages qui sont pour beaucoup des désenchantés de la vie, des renégats en fuite, des femmes aux mœurs légères, etc. Mais si on croit un instant être dans un récit noir, le tableau se noircit davantage avec les révélations de travestisme, bisexualité, chantage douteux, etc.

Le tout est vite étouffant. Le style du dessin en noir et blanc avec ses nuances de gris ne laisse pas beaucoup d’espoir. Frétet réussit à nous décrire une Amérique à mi chemin de La Nouvelle Orléans et de Hollywood, bien éloignée du rêve. Son Amérique est sale, dépravée, dégoutante et amorale.

C’est au final une sorte d’hommage aux films en noir et blanc de road movies, de vengeance, de fuite, à tout un cinéma de genre que Frétet a érotisé au maximum. Tout le monde n’appréciera pas.

– J’ai dû lécher le cul de tous ces salauds. Certains sentaient plus fort que des porcs.

(Version lue Bande Dessinée Pour Adultes)

 

Le Piège de Milo Manara

Nous avons déjà évoquer de maintes fois le travail de Manara.

En bref, 2 jeunes femmes partagent leur vie dans un appartement avec une webcam. Le contrat est simple, leur mécène les paie pour leurs charmes et les diffuser sur internet. L’arrivée de la soeur d’une des colocataires (et surtout de son amant) va bouleverser la donne.

Si le scénario est un peu léger, on retient forcément le dessin du maestro qui n’arrive pas à nous lasser. Toujours assez habilement, il nous laisse admirer ses personnages.

Il est facile de se comparer au mécène décrit qui se plaint de ne pas avoir de scènes de sexe au début de l’histoire. Ce jeu n’est pas inintéressant, mais c’est bien la perversion de l’amant qui parvient à rentrer dans l’appartement qui reste le moment fort.

Pas le meilleur Manara lu, on sent la facilité.

– Mais qu’est ce que c’est cette obsession de mater, de voir les jambes, les cuisses, les seins, la chair… Mater, mater, mater…

(Version lue Albin Michel / L’Echo Des Savanes Réédité par Drugstore dans l’intégrale « Noirs Desseins« )

Ranxerox de Liberatore

Liberatore est un auteur de bandes dessinées plutôt rare. Il travaille notamment pour le cinéma.

En bref, à partir d’une photocopieuse, Ranxerox est un robot au service de Lubna, 12 ans. Plongé dans une Rome futuristique et ultra violent, nous suivons les aventures sanglantes du robot. Lubna mène son robot au doigt et à l’oeil, presque cruelle, clairement sans aucun sentiment.

Le futur décrit par Liberatore est très pessimiste, très proche du mouvement cyberpunk. La drogue est partout. Les hommes sont insensibles à leurs prochains. Ranx, bien qu’étant un robot et donc aux sentiments et réactions programmés, parait bien plus humain que les autres personnages. Il est entièrement dévoué à sa Lubna.Il est à la fois son homme de main et son amant.

Bien que peu de pages soient très peu explicites sexuellement parlant, le dessin et l’ambiance rendent un climat très sexué. Le rendu des corps et les couleurs rappellent Sex In Italy.

Ranxerox est une Bande Dessinée culte des années 80. Les 3 volumes sont un peu inégaux, surtout le 3e (scénarisé par Alain Chabat pour l’anecdote). L’intérêt se perd vite, donc concentrez vous sur le premier volume essentiellement. Attention de par l’âge des protagonistes, la BD peut choquer !

– Mon Ranx chéri, tu me rends folle… C’est pour ça que Lubna disparait des semaines entières !

(Version lue intégrale Echo des Savanes / Albin Michel)

L’Internat Féminin et Autres Contes Coquins de Magnus

Nous avons déjà parlé de Magnus pour sa BD la plus connue, les 110 pilules.

Magnus Internaat féminin CouvEn bref, Delcourt compile 4 récits courts de Magnus. Ces histoires représentent l’univers dans lequel l’auteur évoluait, des histoires mêlant horreur, sexe et suspense. Tour à tour, Magnus nous plonge dans la Fantasy (Dix Chevaliers pour un Magicien, Le Crâne vivant) et  l’horreur et le thriller (Minuit de Mort et l’Internat Féminin).

Les histoires sont à la fois grotesques et légères. On nage en plein divertissement adulte avec son lot de rires, de frissons coquins et de peur. Il y a quelque chose de très habile dans tout ça. On ne lit pas des grandes histoires, ce ne sont pas des chefs d’oeuvres, mais à l’instar de Sam Bot, il est difficile de reposer la BD une fois commencée.

Le trait noir et épais de Magnus est impérial. Ses femmes sont tour à tour fortes, victimes de la cruauté et vengeresses. Ce qu’elles ne sont pas est réservé aux hommes qui, eux, peuvent être stupides, violents, etc. La naïveté de certains passages contraste fortement avec la perversité de certaines scènes, ce qui m’a rappelé les gialli (notamment dans l’Internat Féminin).

Il y tout dans ses pages pour ravir un amateur de sensations légères et dépaysantes. Tout est assumé, parfois exagéré, mais vise à la satisfaction du lecteur.

– Chacun de vous doit me faire jouir, mais d’une façon différente. Vous en serez capables?

(Version lue Delcourt Erotix)

Morbus Gravis de Paolo Eleuteri Serpieri

Serpieri est très connu pour sa belle héroïne, Druuna, et la longue série qu’il en a faite.


Serpieri Morbus Gravis Delta Couv En bref
, dans un monde en ruine rempli de mutants étranges, Druuna, une magnifique brune pulpeuse, semble ne pas être touchée par le mal rongeant ses congénères. Le contexte est très sombre. On comprend vite la ségrégation entre les personnes saines, les infectés et ceux qui ont définitivement muté. L’amant de Druuna, Shastar, est contaminé, il lui faut le sérum tant nécessaire à stabiliser son état. Elle part donc à la recherche de fioles supplémentaires.

Le monde décrit est sale, quasi putréfié. Les personnages sont rarement complets physiquement et quand ils le sont, ils sont fous et violents. Et dans tout ce tourment, il y Druuna. Elle assiste et subit les événements, tour à tour violée ou se servant de ses appâts pour obtenir du sérum ou quelques passe-droits. Sa tenue ne laisse pas de place à l’imagination, string rouge et tuniques minimaliste sur fesses et poitrine pulpeuses.

Le premier volume pose les bases d’une longue saga et ouvre énormément de portes. Le récit de science fiction fonctionne entre eugénisme, une I.A. folle, la maladie, la perversion de l’être humain et l’être « pur » qu’est Druuna. Très impressionnant au niveau de l’histoire et de la sexualité, il n’en reste pas moins un album qui se tient remarquablement.

Le dessin n’est pas le point fort de ce volume, certes agréable, mais des problèmes d’encrage et les couleurs verdâtres nuisent à la lecture (ce qui sera vite maitrisé pour la suite).

Il y a beaucoup de références dans cet album. On peut y voir une reprise d’Alien à plusieurs niveaux. Et je ne saurai que vous conseiller de lire au moins ce tome. (Les autres chroniques de la saga Druuna s’attarderont sur d’autres détails de l’histoire)

– Tu aimes transgresser la loi. Et cela ne te préoccupe pas ! C’est comme si le péché ne déflorait pas ton corps. C’est extraordinaire, tu es parfaitement saine.

(Version lue Bagheera – Rééditée par Glénat – Tome 1 et 2)

Les Aventures d’une Etudiante Lesbienne de Petra Waldron et Jennifer Finch

Pour la première fois, je n’ai rien trouvé sur les auteurs.

Jennifer Finch Aventures d une etudiante Lesbienne CouvEn bref, Petra est étudiante ou plutôt lycéenne anglaise en soquettes, jupes écossaises et chemisier blanc. Ses pulsions adolescentes ne sont pas orientées vers les garçons de son âge, mais vers ses copines de classe et ses préceptrices.

Le titre résume parfaitement ce que je viens de dire. Mais alors qu’on s’attend à une succession de scènes saphiques, la psychologie du personnage s’installe et on finit par se prendre d’affection pour elle. Sa quête du bonheur et de l’équilibre, typique de son âge, est touchante. Oui, elle a une maturité et des envies qu’on pourrait dire qui ne sont pas de son âge. En effet, elle a déjà un gode ceinture, un appétit et une expérience un brin irréelle.

Il faut reconnaitre l’habileté du récit à nous la présenter rêvant sa sexualité et se développant dans la réalité de Petra. Ses fantasmes, puis ses rencontres, sont franches, sans détour, une recherche de plaisir, de satisfaction et de partage.

Le dessin est très particulier. Sans être naïf, il n’est pas spectaculaire. Ce n’est pas le point fort de cette BD.

La conclusion, certes fleur bleue, est d’un optimisme réjouissant. Pour une fois, la débauche des désirs et leur satisfaction ne rendent pas les personnages égoïstes, mais tout simplement heureux et sereins.

– Elle arrivera peut-être à remettre mon minou dans le droit chemin.

(Version lue DYNAMITE Editions Collection Presbyte)

Dialogues de Pierre Louÿs par Jacobsen

On a déjà parlé de Jacobsen pour Le loup et l’Agnelle, ainsi que pour Lou, Taxi de Nuit.

Jacobsen Dialogues Pierre Louys CouvEn bref, Jacobsen adapte les « Dialogues de Courtisanes » de Pierre Louÿs, un écrivain et poète du début du 20e siècle.

On a déjà évoqué le goût de Jacobsen pour l’extrême. Donc le choix d’une telle adaptation éveille une curiosité et aussi, on ne le nie pas, cela fait naitre un gros doute. Les dialogues sont très courts, 2 à 3 pages en moyenne. Et dès les premières scènes dévoilées, on sait que Jacobsen a raison, son point de vue fonctionne.

Décrivant le monde des prostituées essentiellement fin 19e-début 20e, on y découvre que les choses n’ont pas évolué. Les propos, les pratiques sont les mêmes. Il y a même une scène de sexe par téléphone ! La touche Jacobsen est certainement sa sélection qui ne fait pas dans la dentelle. Beaucoup de sodomie, un peu d’urologie, 2 histoires très limites quant à l’âge des protagonistes… Mais le tout est délicieusement pervers et outrancier avec une sexualité ouverte et débridée.

Chaque album lu de Jacobsen ne fait que confirmer la qualité de son travail. Foncez dessus !

– Ah Nom de Dieu C’qu’il m’en a pissé dans la bouche !

La BD est disponible ici !

(Version lue Bandes Dessinées Pour Adulte – épuisé)