Black Kiss de Howard Chaykin

Connu pour avoir dessiné Star Wars en Comics, Chaykin s’est vite détaché de l’adaptation de licence pour développer ses univers et personnages.

En bref, Dagmar, superbe blonde plantureuse, cherche à remettre la main sur une vidéo compromettante. Avec sa complice Beverly, star sur le déclin, elles vont être rejointes par Pollack, un saxophoniste en fuite.

Le scénario est digne d’un film « Noir ». Et la quantité de sang qui va couler reste dans le ton. Mais le personnage de Dagmar, sensuelle et troublante, intrigue de sous entendus, jusqu’à la révélation. Dagmar est en fait un transexuel « équipé » offrant son corps.

Les dialogues sont une perle rare et complètent le cadre cinématographique. Qualifier Black Kiss d’hybride entre Noir et pornographie n’est pas juste. C’est un récit Noir complètement adulte et moderne. On perçoit des sphères pas glorieuses avec règlements de compte et sexe sans tabous où la violence n’est jamais très loin.

On retient le personnage de Dagmar plus féminine et sexy que bon nombre de personnage féminin, ce genre de femmes qui attirent tous les regards et tous les désirs.

On y retrouve une folie qui rappelle Sin City de Franck Miller, un mal sourd et destructeur et tout le monde sait que l’issue sera lourde.

– Salut chou, c’est Dagmar. J’adorerais te sucer la queue. J’adorerais te parler aussi. Mais te prendre au téléphone, là, je peux pas. Parce que je montre à un petit veinard ce que 1m75 et 18 cm de vraie blonde en chaleur peuvent faire à un homme. 18 bons centimètres…

(Version lue Delcourt Erotix)

Carmen de Georges Pichard

Auteur Français majeur pour la Bande Dessinée Adulte, nous avons parlé de Pichard ici précédemment.

Carmen Pichard CouvEn bref, Carmen est une bohémienne rouleuse de cigares. Suite à une embrouille avec une de ses collègues, elle est sauvée de la prison par Don José, un soldat qui tombe sous son charme. L’histoire est connue puisque la nouvelle de Prosper Mérimée inspirera l’opéra du même nom de Bizet.

De la séduction, en passant par la légèreté de la cuisse jusqu’à l’amour fou et dévorant, Don José va être le jouet de Carmen. Les sentiments du soldat sont mis à rude épreuve et sa fierté maintes fois piétinée lui fait goûter l’amertume de la jalousie et la folie à laquelle elle mène.

Sans être l’ouvrage le plus érotique de Pichard, le thème moderne de la femme forte et libérée qu’est Carmen ne peut que retenir notre attention. Sa sensualité débridée qu’elle contrôle parfaitement fait qu’elle a tous les hommes à ses pieds. Elle est en avance sur son temps. Don José est amoureux d’elle, mais, dans son égoïsme, il ne sait que la retenir près d’elle. Et le lecteur ne peut lui aussi qu’être tenté par ses charmes et son regard.

Tout ici nous mène au drame, ce qui constitue en soi toujours une leçon pour tous les hommes, mais aussi pour les femmes dont les hommes ne sont que des jouets pour Mérimée.

– Ah ! Tu es jaloux ! Tant pis pour toi. Ne vois tu pas que je t’aime puisque je ne t’ai jamais demandé d’argent ?

(Version lue Le Square – Albin Michel)

The Dominant Wives & Other Stories de Eric Stanton

Déjà évoqué ici, Eric Stanton est un des auteurs qui « démocratisa » le bondage et le BDSM à partir des années 50.

Eric Stanton The Dominant Wives CouvEn bref, « The Dominant Wives & Other Stories » est un recueil imposant d’une quinzaine d’histoires. On retrouve néanmoins la constante d’une héroïne forte et dominatrice. Cela apporte un contraste évident avec la plupart des BDs du genre qui place le plus souvent la femme en créature soumise.

Le grand avantage de ce livre est l’éventail proposé au lecteur tant sur la forme (Comics traditionnels, illustrations commentées proches du roman-photo, etc.) que sur la forme (Jeux de domination hétérosexuelle et lesbienne, du plus léger au plus lourd, personnages de couleurs,, catch féminin). On apprécie donc cet ouvrage comme une référence du travail de Stanton et aussi l’évolution de l’artiste dans sa carrière. Loin de l’image « donjon », il replace le BDSM dans les salons bourgeois où les hommes se font fesser et humilier pour leur plaisir (ou non).

Fait intéressant, Stanton a très rarement scénarisé ses histoires. Il dessinait les histoires ou fantasmes de ses lecteurs et avait cette faculté incroyable de comprendre leur fantaisies. Et ses héroïnes lui ont valu d’être perçu comme un auteur féministe.

Point malheureux pour certains, l’ouvrage est en anglais, mais son petit prix devrait vous inciter à vous le procurer. Enfin, les pages dévoilent peu de pénétrations, la domination se faisant essentiellement par des coups, entravements que par l’acte sexuel à proprement dit.

Amateurs de Pulp et de jeux musclés, vous ne devez pas hésiter.

– Bend over ! For Carol, David

(Version lue Taschen 25 ans)

Birdland de Gilbert Hernandez

Gilbert Hernandez est un auteur américain célèbre pour l’univers de la ville qu’il a créée, Palomar, réplique d’une banlieue américaine moyenne. La majorité de ses œuvres s’y déroule.

Birdland Gilbert Hernandez CouvEn bref, nous allons suivre les aventures de plusieurs jeunes femmes de Palomar. Il y a Bang-Bang, la strip-teaseuse plate comme une limande mais au sexe cosmique, Fritz, la brune psychiatre au cheveu sur la langue qui se touche lors des consultations et quelques autres personnages féminins plus secondaires.

Le récit est un peu décousu puisque plusieurs histoires se mêlent. Mais ce n’est pas forcément le plus important. On retient surtout la sexualité permanente et exacerbée que contient chaque page. On comprend vite que le sexe est la seule chose que cherchent les protagonistes.

Ici, le pouvoir est détenu par les femmes. Ce sont elles qui tiennent les hommes. Rares sont ceux qui trouvent grâce à leurs yeux et lorsque c’est le cas, gare à lui, elles vont l’épuiser. Les hommes sont essentiellement des sexes ambulants décérébrés.

Il y a néanmoins une vraie ambiance dans cette BD déjantée. Le trait particulier d’Hernandez qui se rapproche assez d’Archie y contribue fortement. L’humour est omniprésent, à moins que ce ne soit le ridicule.

Pour un premier contact avec Palomar, on est très intrigué par le reste de ses publications.

– Oh, tais-toi et tiens toi prêt parce que ta figure va bientôt servir de trampoline à mon cul !

(Version lue Le Marquis)

Jeanine de Matthias Picard

Jeanine n’est pas une BD érotique à proprement parler, mais comme vous avez pu le constater les thèmes à connotation sexuelle sont aussi à l’honneur sur BDérotique. Aujourd’hui commence un nouveau thème : la prostitution.

Jeanine Matthias Picard CouvEn bref, Jeanine est la biographie d’une prostituée à Strasbourg. Toutes les étapes de sa vie sont évoquées de son enfance algérienne à son arrivée dans l’Est de la France.

On est forcément touché par ce récit authentique. Le glissement dans la prostitution comme argent de poche facilement gagné, la simplicité de l’héroïne et son parcours étonnant sont ce qu’on retient.

Une autre force du portrait est que l’auteur ne tombe pas dans le pathos en larmoyant sur le sort de Jeanine. Elle est forte et entière, comme on le voit à l’époque des revendications d’un statut pour cette profession.

Assez éloigné des critères habituels du genre érotique, le style du dessin sert le récit et certaines pages sont des petits traits de génie (le résumé de la vie avec Manfred). Le crayonné Noir & Blanc pose le ton réaliste et invite à se concentrer sur les propos des protagonistes.

Jamais misérabiliste, pas non plus optimiste, on apprécie cette lecture de la vie d’une prostituée comme on peut en croiser en bas de chez soi.

– Les médias aiment ça quand on montre la vie des prostitués de manière « EROTIQUE »

(L’association)

Chantages T1 d’Ardem

Ardem est un dessinateur Français. Son nom est Alain Mounier.

En bref, Héléna est cadre dans une société. Ses collègues découvrent son passé sulfureux et décident de la faire chanter. Elle appartiendra à chacun pendant 24 heures contre  leur silence.

Avec un scénario de base très proche d’un soap à la Santa Barbara, Ardem nous livre un récit hautement pornographique. Ses planches de sexe sont visuellement dans le ton d’un film Dorcel. Sans grandes surprises, on peut reconnaître une certaine efficacité.

Cependant, ce tome est peut être une des BDs les plus perturbantes jamais lues. Ici, tout est fait sous contraintes, Héléna est forcée constamment jusqu’à la nausée. Elle est niée physiquement et moralement et c’est le lecteur qui est écœuré. Donc cette série ne plaira pas à tout le monde, vous êtes prévenus, d’autant que les scènes s’enchaînent crescendo et tendent vers le dégoûtant encore plus.

Côté dessin, Ardem restitue très bien les expressions de ses personnages, l’horreur vécue par Héléna et une autre victime est palpable. Le style noir & blanc est net, simple et sans bavure.

Glorifiant le statut de femme-objet impuissante et contrainte, la lecture peut être ardue. Mais pourquoi avoir laissé autant de fautes d’orthographe dans le texte? Pire que le scénario et ses situations, on a l’impression d’être négligé.

– Écoutez, chère Héléna, j’ai par exemple en ce moment envie de mater votre cul et d’enfoncer ma langue entre vos fesses ! Alors faîtes ce que je vous dis ou on vous encule à tour de rôle sur votre bureau…

(Version lue DYNAMITE Collection Outrage)

The Complete Pin-Ups de Gil Elvgren

On connait tous les pin-ups, ces jeunes femmes dénudées aux poses évocatrices qui figuraient  dans des magazines ou même certains bombardiers de la 2e guerre mondiale. Gil Elvgren est  peut-être l’illustrateur de pin-ups le plus connu.

Sans être vulgaire, les dessins d’Elvgren sont à couper le souffle. On retrouve beaucoup de l’imaginaire populaire des USA des années 40-50.

Les femmes représentées sont principalement des femmes au foyer ou la bonne épouse un brin mutine. On peut voir des thèmes récurrents comme le vent (ou l’incident) qui soulève la jupe d’une élégante, les poses sexy en sous-vêtements en dentelle et nylon, mais aussi les mêmes jeunes femmes promenant leur chien.

Elvrgren a travaillé pour beaucoup de grandes marques avec des stars comme modèles, mais aussi la « Girl Next Door. » Et il les montre toujours souriantes et pleines de vie et de glamour. Cette petite touche de voyeurisme est parfaitement mise en scène, Elvgren travaille la représentation d’une femme idéalisée.

On pourrait en parler des heures, le mieux est encore d’admirer le travail remarquable de Gil Elvgren !

(Version lue Taschen 25 ans à très petit prix)

 

Les Perles de l’Amour de Georges Lévis et Francis Leroi

Georges Lévis est un auteur classique évoqué plusieurs fois ici.

Leroi G Levis Perles de L Amour CouvEn bref, Henry Johns, capitaine de l’armée Britannique, vit une grande passion avec Virginia dans les Indes fin 19e. Mais le beau capitaine a promis de sauver Gladys, la fille d’un lord retenue captive par le maharadja local.

Dans ce cadre digne des pulp des années 50, l’aventure et le dépaysement matinés de scènes de sexe sont au programme. On ne peut s’empêcher de sourire devant la légèreté de l’histoire. Le héros  est tel un chevalier blanc avec ses beaux principes qui bande malgré lui et saute (ou se fait sauter dessus par) toutes les donzelles qui passent.

Prendre cet album au 1er degré est un crime. Lisez la séquence où notre héros se retrouve au garde à vous devant un sauveur mystérieux avec le sexe dépassant du caleçon. On se moque gentillement du flegme Britannique dans cette Inde de cliché.

Et le dessin, ainsi que la mise en scène des pages, de G. Lévis sont bluffants. Le trait est classieux, la mise en page dynamique.

La lecture des Perles de l’Amour est plus que plaisante, si on n’est pas atterré par le scénario. Sans jamais être vulgaire dans les propos, les dessins sont explicites, le contraste établissant le second degré.

– Comme étourdie, elle presse sa bouche en un baiser infini qui scelle leur amour…

(Version lue Albin Michel / L’Echo Des Savanes réédité par Drugstore)

Pravda La Survireuse de Guy Peellaert et Pascal Thomas

Guy Peellaert a commencé à travailler pour Hara-Kiri et a créé le personnage de Pravda en 1968.

Pravda La Survireuse CouvEn bref, Pravda est une motarde éprise de liberté à qui on ne la fait pas. Elle vit des aventures complètement psychédéliques, habillée d’un ceinturon et parfois d’un petit gilet. Et c’est Françoise Hardy qui prête ses traits pour cette héroïne charismatique.

Pop Art du début jusqu’à la fin, les références à l’époque des 60’s sont omniprésentes, ce qui en fait un album unique. Sans être pompeux, c’est un petit bijou pour les yeux, une oeuvre d’art en mouvement.

Pravda et sa moto puma errent à tombeau ouvert dans les rues d’une ville imaginaire. Les rencontres hallucinantes s’enchainent à un rythme endiablé. Un vrai esprit Rock parcourt ces pages. L’attitude lascive de Pravda, son éternelle insatisfaction, sa violence en font un personnage marquant, mais aussi attachante et diablement sexy.

A lire !!! Attention c’est un gros trip ! Vous êtes prévenus.

– Viens Pravda, viens vivre ce que tu penses.

(Version lue Eric Losfeld 1968)