L’enquêteuse de Georges Pichard

Dernière œuvre parue de Georges Pichard, après son décès en 2003.

Enqueteuse Pichard CouvEn bref, Clorinde, sorte de « punkette » à piercings court vétue, est chargée par l’agence de détectives « International Pornibus » de retrouver la trace de l’épouse d’un riche homme d’affaires.

De la visite des endroits sordides de la capitale à un « purgatoire » auvergnat, notre héroïne va visiter du pays. Désinvolte et n’ayant pas froid aux yeux, elle découvrira ce que cache cette affaire non sans avoir donné de sa personne.

On retient tout d’abord le trait si particulier de Pichard qui met une ambiance sombre et crasseuse. Ensuite le langage de ses personnages nous plonge dans une France de la rue avec son argot et ses tournures de phrases. Et enfin (et certainement le plus important) la cruauté des sévices et la perversion ultime des situations sont extrêmement marquantes.

Les premières pages donnent le ton. Le récit tourne autour de séances sadomasochistes aux limites repoussées. Les corps sont désarticulés, fouettés, martyrisés. La douleur, certes pas exprimée par les « esclaves », parcourt le lecteur.

Partant des bas fonds parisiens, Pichard transforme son récit en critique religieuse jusque-boutiste. La lecture n’est pas aisée, mais donne un éventail large de sexualité à la « bonne franquette » jusque la torture et la cruauté absolues.

– Il ne lisait que des B.D. ca ne m’étonne pas de lui ! … et c’est rien que du cul !

(Version lue Dynamite Editions Collection Canicule)

Gulliveriana de Milo Manara

Milo, Milo, Milo… Certainement l’auteur  le plus reconnu et le plus simple à trouver en librairie.

En bref, Manara adapte les « Voyages de Gulliver« . Sa belle héroïne ira en Liliput, au pays des Géants, celui des chevaux et enfin dans le château de Laputa, le château volant.

Si l’oeuvre originelle était une satire de la société anglaise du 18e siècle, il faut dire qu’il est plus difficile d’y voir la même chose pour notre époque tant l’esprit du lecteur est porté sur le corps de l’héroïne, divine et un peu niaise comme d’habitude.

Chacune des étapes du récit est marquée par des cènes phares. Elle éteint un incendie en urinant, les géants la voit comme une curiosité sexuelle, les chevaux essaient de la monter et à Laputa, les femmes s’ennuient et « jouent » entre elles de façon très SM. Et si le retour à la réalité est assez acide pour notre société, le tout reste assez facile.

La lecture est loin d’être ennuyeuse. On lit le tout en un quart d’heure, montre en main. Le meilleur moment, selon moi, reste Liliput parce que c’est ce qu’on a tous retenu du récit de base. Le détournement est charmant.

Je ne sais pas si Manara a voulu décrire notre société comme marquée par le sexe ou dont c’est la seule motivation. En tout cas, on ne peut qu’y penser devant ses planches savamment perverses. On ne s’en lasse pas.

– Arrête-toi ! Ne t’enfuis pas ! Je te ferai jouir comme une dingue !

(Version lue couleur Les Humanoïdes Associés Mai 1996)

Jehanne de Paul Gillon

On a parlé de Paul Gillon pour sa série de la Survivante.

En Bref, Gillon nous donne sa vision de Jeanne d’Arc. Comment la petite bergère prend les armes pour bouter les Anglais hors du Royaume de France pendant la Guerre de Cent Ans.

La première page et la révélation de la nature des voix perçues par la sainte font fort. On s’attend à une sorte de déluge d’images fortes tordant le cou au mythe. Finalement on en est loin. L’objectif n’est pas de choquer, c’est une sorte de version alternative qui reste probable.

Les grandes scènes de la vie de Jeanne (ici Jehanne) sont reprises. Ce que j’ai retenu est la « complicité » avec Gilles de Rais, plus connu sous le nom de « Barbe Bleue » (mais c’est une autre histoire), qui se place en mentor et guide qui lui apprend la vie, tout en défendant sa virginité.

Le dessin de Gillon fonctionne parfaitement avec l’ambiance médiévale. Comme, pour la Survivante, ses personnages ont cette folie perceptible dans le regard. Tout comme Jehanne apparait parfois comme une fanatique.

Au final, c’est une adaptation solide, forcément adulte, qui se lit très bien.

– Il est d’autres portes… Plus étroites et plus secrètes… Je t’apprendrai…

(Version lue l’Echo Des Savanes / Albin Michel)

Les Aphrodites T1 : Intriguante Agathe de Emmanuel Murzeau

Emmanuel Murzeau est un auteur français expatrié à Berlin.

Murzeau Aphrodites CouvEn bref, un jeune homme, le Chevalier, rentre de Malte en 1792 et retrouve Mme Durut, sa mentor libertine, qui tient un hôtel aux prestations particulières.

Les Aphrodites est l’adaptation de l’œuvre de Andréa De Nerciat, auteur libertin dans la veine du Marquis de Sade en nettement moins sadique et juste libertin.

Le lecteur est donc plongé dans un récit historique qui commence très fort par une belle scène de retrouvailles pleine de désirs contenus et une ambiance intrigante. Sur le récit « classique », Murzeau démontre des grandes qualités de dessinateur. Le choix de ses perspectives, son trait et ses pages dynamiques rendent la lecture très agréable.

Mais le plus gros parti pris reste le monogramme en vert de gris. Toutes les pages ont ce « filtre », amenant un coté gravure à chaque case mais aussi un charme un peu désuet. Ce choix peut perturber certains lecteurs.

Ceci dit, l’histoire ravira les libertins avec jeux légers, mais aussi ses intrigues. Autre point souvent exagéré dans les récits historiques, le niveau de langage est certes d’époque, mais sans en faire de trop.

On attend le 2e tome prévu pour Octobre 2011.

– Est ce un homme ? Est-ce un Dieu ? … Vois, admire ! Quelle vigueur ! Quel tour ! Quelle grâce !

(Version lue Tabou Editions)

A Corps Perdu de G. Lévis

4e titre chroniqué de G. Lévis, alias Jean Sidobre.

En bref, des mains se baladent sur un clavier et nous ne voyons que le texte défiler et nous emporter dans la Russie des Tsars fin 1919. Nous suivons les aventures complètement incroyables de Jelly, belle blonde mi-espionne mi-pute de luxe. Et on verra du pays, Russie, France, Egypte, parfois de façons très tirées par les cheveux.

Jelly est un personnage assez curieux, quasi passive, sauf quand il s’agit de passer à l’horizontal. Pourtant elle reste au coeur du récit toujours à suivre son amant.

La structure narrative pêche d’un certain manque de suivi entre les bonds dans le récit. Le lecteur est baladé et finalement perd tout intérêt à l’histoire. Mais les charmes de la blonde sont ravageurs. Le romanesque des situations et les rencontres donnent un coté très pulp, mais ce n’est pas suffisant.

Plus ambitieux que les Perles de l’Amour, la BD n’atteint pas ses objectifs. Dommage pour la quasi dernière œuvre de Lévis. Le trait ne fait pas tout malheureusement. Et la volonté de retranscrire une épopée « historique », même désuète, mérite plus de clarté.

– Nous avons reçu deux nouvelles pensionnaires qui vous plairont certainement, major.

– Pas autant que vous, chère amie.

(Version lue Albin Michel / L’Echos Des Savanes)

Indiscrétions (Dis-Moi Comment Tu Baises…) D’Axterdam

Axterdam est connu pour les illustrations intérieures de la collection « Osez… » de la Musardine.

Axterdam Indiscretions CouvEn bref, des couples se laissent dessiner pendant leurs ébats. Sous les yeux du dessinateur, ils vivent et présentent leur sexualité. L’album se veut un « Reportage Erotique » comme dit en couverture.

Proches du croquis par moments, les planches s’enchainent bien avec cette sensation de rapidité et de fièvre liées au spectacle décrit. Cela renforce ce coté « confessions intimes » qu’on peut se faire entre amis.

Adoptant un ton neutre, Axterdam fait un très bon travail très respectueux de l’intimité qui lui est dévoilée, confiant ses hésitations, ses contraintes… Le lecteur est immergé et se trouve dans la même pièce. Chapeau !

On assiste donc à des ébats variés, classiques, SM, en groupe, lesbiens, etc. avec une mise en scène dépouillée, peu de décor, mais que des corps en mouvement. Loin des scenarii habituels, on ressent l’excitation et la perversité des modèles et même celles de l’auteur.

Une belle réussite un brin bavarde et qui aurait peut être mérité que quelques planches soient mieux finalisées, mais une expérience originale en BD très humaine.

– Elle insiste, branle et lèche avec tant d’ardeurs qu’elle fatigue. Je le vois dans son regard. Car, pendant tout ce temps, la perverse me mate ! Ses yeux sont rivés aux miens… Elle en prend plein la bouche et ce qui l’encourage, c’est mon crayon ! Mon crayon ?

(Version lue Tabou Editions)

Mes Problèmes Avec Les Femmes de Robert Crumb

R. Crumb est un des auteurs clés des comics indépendants. Et donc quand il évoque ses problèmes avec la gente féminine, il ne pouvait que figurer sur ce site !

Crumb Problemes avec Les femmes CouvEn bref, en un recueil, les Editions Cornelius ont compilé une bonne partie des histoires de Crumb autour de sa femme, son obsession pour les mollets et ce qui le caractérise en tant qu’homme, son indétrônable envie de « posséder » le maximum de femmes.

Certes, l’érotisme n’est pas débordant sur ces pages, mais l’intérêt est bien là.  Son fétichisme avoué du mollet malgré qu’il prête à sourire est bien du même acabit que celui pour les bas résilles ou les pieds. Et c’est toute cette mécanique que déroulent Crumb et son cerveau en ébullition.

Il y a quelque chose d’universel chez Crumb qui fait que chacun des lecteurs s’y reconnaitra. Ca peut être sur une réflexion pendant l’acte ou un comportement. Il pourrait même être conseillé de le faire lire à certaines de vos connaissances.  En prime, vous avez l’humour de l’auteur!

On ne niera jamais l’effet célébrité et Crumb en a bien profité sans se cacher. Il a connu de la groupie et en a fait ce qu’il voulait, d’où des délires ou fantaisies sexuelles surprenantes.

A posséder,  à lire. Crumb est un auteur qu’on doit connaitre.

– J’en suis venu à la conclusion que certaines filles sont prêtes à tout accepter pour peu qu’elles vous aiment beaucoup !

(Version lue Cornélius Solange)