Filles Perdues de Melinda Gebbie et Alan Moore

Scénariste star de comics (Promethea, Swamp Thing, etc.), Alan Moore a contribué à ce livre avec sa femme Melinda Gebbie.

En bref, Alice, Wendy et Dorothy, respectivement héroïnes de Alice au pays des Merveilles, Peter Pan et Le Magicien d’Oz, ont bien grandi. La blonde, la brune et la rousse dévoilent leur parcours amoureux de femmes épanouies.

Que sont devenus les tendres portraits de jeunes filles de bonne famille des contes modernes? Moore et Gebbie donnent leur version de l’après conte quand l’âge et les corps sont devenus matures.

Le projet est ambitieux. Malheureusement on s’ennuie ferme devant tant de manières. Si le langage symbolique de Moore s’accorde formidablement dans ses comics, ici, c’est laborieux. Le dessin de Gebbie est tout simplement unique. Son trait est proche de certaines estampes du début du siècle et ses couleurs sont audacieuses, avec l’usage du pastel.

On sent l’influence de Moore dans chaque page et le génie n’est jamais loin. La lecture est exigeante et beaucoup seront aussi perdus que ces filles. (Pardon, c’était facile.)

– Dieu, non! Je suis plus mouillée qu’un pique-nique baptiste !

(Version lue Delcourt)

Ex-Libris Eroticis de Massimo Rotundo

Rotundo est un dessinateur, illustrateur italien.

En bref, Les Ex-Libris sont des histoires courtes généralement des commandes qui circulaient sous le manteau. Ils dépeignaient des scènes érotiques que Rotundo retranscrit avec une grande classe.

Le style est assez proche des 110 pilules de Magnus avec un trait impérieux et lisse, collant à ces histoires bourgeoises et un peu précieuses. Mais ne nous trompons pas, le fond est très osé. Les thèmes sont passionnés, l’amour est très présent, l’art aussi.

La société de la fin du 19e et début 20e est dans une phase de transition avec des valeurs morales très basées sur la religion. Le libertinage et la « libre pensée » se répandent. Les Ex-Libris en sont un témoin.

L’intégrale est brillante pour son trait et son esprit. Un parait exemple de l’érotisme chic en BD.

– Suce, mon bébé, derrière ton regard se devine ta gourmandise.

(Version lue Intégrale Drugstore)

L’Imaginaire Erotique au Japon d’Agnès Giard

On connait Agnès Giard à travers notamment son blog : Les 400 Culs.

Agnes Giard imaginaire érotique au Japon CouvEn bref, si pour beaucoup, le Japon est la patrie du Hentaï (Manga pornographique très osé) . Agnès Giard explore pour nous toutes les facettes de l’érotisme nippon. Et l’univers de celui-ci est riche de thèmes.

Pour tout amateur de ce pays fascinant, cet ouvrage est une référence. Très éclectique, il dresse un portrait fascinant de la complexité de la psyché japonaise.

Pour la partie graphique, on y retrouve forcément le hentaï tentaculaire, les estampes traditionnelles, le Guro, etc. Mais il y a aussi une présentation des lieux de sexe, des tendances très particulières comme la culotte, les uniformes d’étudiantes, la honte, le shibari, la position de l’homme et de la femme, etc.

Le livre est très riche et écrit dans un style très agréable accessible à tous. L’ensemble parait délirant, tant il semble n’y avoir aucune barrière, ni tabou en matière de sexe au Pays du Soleil Levant.

Définitivement à lire pour tous les curieux du Japon, mais aussi pour tout ceux que le sujet Sexe intéresse.

(Version lue Albin Michel)

Peintre Et Modèle de Milo Manara

Retrouvez les articles portant sur les œuvres de Manara ici.

En bref, Peintre et Modèle est un projet qui révèle tout l’intérêt de Manara pour l’histoire de l’Art. Si les musées sont remplies de peintures d’auteurs illustres, qui posaient pour eux? Quelles étaient leurs muses?

La chose que l’on retient reste que les peintures classiques, généralement d’ordre religieuse, représentant des femmes s’appuie sur des modèles qui étaient des prostituées ou des femmes aux mœurs légères. Et Manara avec ses propres peintures continue de lever le rideau sur la fabrication des classiques. C’est un véritable hommage qui donne envie de mieux connaitre ces peintures et de parfaire sa culture.

Si nous sommes habitués à la maitrise exceptionnelle de son trait, ses peintures sont tout autant enthousiasmantes de beauté. Et en parcourant les pages de ce magnifique recueil, on s’imagine quelle peinture on souhaiterait afficher chez soi.

(Version lue Drugstore)

Bang Bang de Jordi Bernet et Carlos Trillo

L’espagnol Bernet (au dessin) et l’argentin Trillo (au scénario) ont travaillé ensemble sur Torpedo, qui explorait déjà le milieu mafieux et les années gangster.

En bref, Bang-Bang est une jeune femme brune aux formes enivrantes qui sait exploiter son corps et profiter des faiblesses des hommes et du désir qu’elle provoque chez eux.

Nous faisons sa connaissance tandis qu’elle est en fuite à New York pour fuir Al Capone qu’elle a arnaqué. Le corps de Bang-Bang lui permet de se sortir de cette situation dans un déluge d’exhibitions, fellations et relations sexuelles. On y trouve aussi énormément d’humour et de morts violentes.

S’appuyant sur l’univers de l’Amérique Hollywoodien, Bang-Bang va évoluer de tome en tome dans le film noir de gangster, puis le Mexique révolutionnaire, la savane sauvage, etc. Tous les clichés du Pulp sont exploités et très bien maitrisés pour le plaisir du lecteur qui y trouvera aventures, petits plaisirs, sourires et légèretés, mais aussi un dessin à l’ambiance parfaite.

Comment résister aux charmes multiples et dépaysants de Bang Bang? Personne n’a cette force. Tout comme moi, succombez !!

– Ici à New York, elle se fait appeler Cicca Mammone, mais à Chigago elle était connue sous le nom de Chica Bang-Bang parce qu’elle produit sur les mecs le même effet qu’une balle explosive…

(Version lue coffret Drugstore – 6 volumes)

Tom Of Finland : The Comics Volume 1

Tom of Finland est le pseudonyme de Touko Laafsonen, décédé en 1991.

Tom Of Finland CouvEn bref, le livre est une compilation de plusieurs séries et travaux de Tom Of Finland. On y retrouve beaucoup de ses héros récurrents : un Tarzan, Kake (le motard au T shirt « Fucker »), etc.

La première chose qu’on retient est la masculinité exacerbée des protagonistes, avec musculature développée et pénis surdimensionnée. S’appuyant sur ce qui est maintenant devenu des clichés gays, Tom fait la part belle aux travailleurs, aux policiers et aux militaires (clichés que l’on retrouve dans les Village People par ailleurs).

Ces penchants pour ces derniers sont complètement fétichistes, bottes en cuir et uniformes sévères moulant les sexes toujours prêts à l’emploi.

Les planches sont composées essentiellement d’un seul dessin s’appuyant sur une narration silencieuse. Il n’y a aucune bulle (hormis dans la première histoire). A mon sens, cela renforce le fantasme dessiné où toute parole est inutile ou peu justifiée.

On retiendra ses personnages au look de rocker propres sur eux ou de militaires à la sexualité heureuse, joviale et impudique.

(Version lue Taschen)

Discipline : Maitresse Dominique de Xavier Duvet

Xavier Duvet est un auteur sévissant depuis plus de 21 ans.

Xavier Duvet Discipline Maitresse Dominique couvEn bref, Maitresse Dominique raconte son parcours de jeune homme amoureux des dessous féminins jusqu’à son statut de Maîtresse.

Explorant une sexualité très peu mise en avant, Discipline dévoile le fétichisme des sous-vêtements féminins, le transgenre et les relations sadomasochistes. C’est un monde de sensations fortes, un monde où les hommes sont entièrement soumis à des femmes dominatrices.

Le parcours de Dominique commence à l’adolescence. On rentre vite dans le vif du sujet dès qu’il se met au service de celle qui deviendra sa mentor, maîtresse Claire. Celle-ci le forme et éduque son esprit et son corps.

Avec des planches réalisées à l’aérographe, ainsi qu’une construction de pages dynamique, Duvet a un vrai talent à nous faire rentrer dans cet univers. On reste dans le ton de confessions illustrées.

Hors la représentation graphique extrêmement détaillée, ce qui choque est la psychologie des personnages. L’emprise est totale. Comparée aux autres BDs traitant de SM, celle-ci reste largement du dessus du lot. On ne peut s’empêcher de s’interroger : quel rôle pourrais-je tenir? Pourrais-je vivre cette expérience? Ce qui est certain, c’est que c’est un sacerdoce, un style de vie de tous les instants.

Donc, la lecture ne laisse pas indemne, l’avertissement figurant sur la BD n’est pas pour faire joli.

– Je suis Sonia, ma cocotte, et je vais t’apprendre à ne plus penser avec ta bite… Mais avec ton cul !

(Version lue Tabou Editions)

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Noirs Desseins de Milo Manara

Noirs Desseins est un recueil de 2 albums : Le Piège et Rendez-vous Fatal.

En bref, les 2 histoires sont sensiblement différentes. Le Piège (ici appelé www. 3 filles sur le net) a déjà fait l’objet d’une chronique sur cette page. on s’étendra donc davantage sur Rendez Vous Fatal.

Inspiré d’un fait divers, RDV fatal raconte l’histoire d’un couple dont le mari est aspirant politicien et vit largement au dessus de ses moyens. Ses créanciers vont donc se servir de sa femme pour se rembourser en nature. Tous les jours à 18h précises, elle sera victime d’un bourreau unique qui la sodomise implacablement.

Le mari disparait bien vite dans cette histoire, impuissant à payer ces dettes et à protéger son épouse. Comme le plus souvent chez Manara, c’est la femme qui est l’héroïne (exception la série des Guiseppe Bergman – voir Aventures Vénitiennes et Africaines). Elle s’enfuit et espère enfin être débarrassée de son fardeau. En vain, l’homme retrouve sa trace.

Avec une fin assez tragique, Rendez-Vous Fatal laisse un goût de film de mafiosi où la corruption est partout. Pessimiste, c’est aussi un piège à sa façon, une machination.

Au final, le recueil est de bonne facture, les 2 histoires sont assez bonnes, le trait toujours aussi fascinant.

– On vous le fera comprendre à coups de bite ! Ca rentre mieux, à coups de bite !

(Version lue Drugstore N&B)

Rétrospective Pierre Guitton : Et c’est Pas Fini !

Pierre Guitton est un de ces auteurs dont on a déjà vu les planches sans forcément retenir son nom. Il est à l’origine du journal « Zinc » et a aussi été publié dans Actuel, Charlie Mensuel. Il se consacre uniquement à la peinture maintenant.

Guitton Retrospective CouvEn bref, la rétrospective nous propose des planches, des affiches et des histoires courtes publiées dans les années 70.

Ce qui choque au premier contact est la richesse du trait de Guitton, la finesse de son point et la quantité de travail de chaque case. Même si il est difficile de qualifier l’oeuvre comme érotique, elle n’en reste pas moins libérée, explicite et mature.

Le lecteur se retrouve vite happé dans l’univers de l’artiste. Ses délires sont quasi psychédéliques et hallucinés. La folie et le grotesque se côtoient dans chaque page avec énormément de symboles et de références que ce soient à la peinture (Jérôme Bosch entre autres) ou à la religion. Que de détails, on passe beaucoup de temps à parcourir chaque case.

Guitton se comprend davantage comme un poète de part son humour et l’absurdité (dans le bon sens du terme) de ses scenarii. Les corps sont facilement dénudés et paraissent très contorsionnés, accentuant cette impression de folie générale.

Je ne peux que conseiller cette lecture qui offre une véritable expérience enrichissante et enthousiasmante qui vous emmène loin, très loin, très haut !

– Oh ! Pardonnez-moi ! C’est vrai ! J’avais promis que je n’en parlerai plus, de mon cul. Jamais.

(Version lue Le Chant des Muses – 500 ex)

(cliquez sur les planches pour profiter des détails du trait)

L’Amour Propre (ne le reste jamais très longtemps) de Martin Veyron

Martin Veyron est un des auteurs phare des années 80, portés par l’Echo Des Savanes. Toute une époque donc !

En bref, un jeune homme, après une rencontre marquante, se met en quête du point G chez toutes ses partenaires.

Plus qu’une étude anatomique, Veyron pose une époque, des relations humaines et met en lumière une forme de transition entre l’amour physique et la performance sexuelle. On est plongé dans les discussions qui, plus de 20 ans après l’édition, restent d’actualité.

Mais qu’est-ce donc que le point G? Les premières pages situent le dit point et rien de tel qu’une mise en pratique dans les toilettes. Sitôt présenté au Graal, le héros/lecteur y est confronté. Cette rencontre métamorphose sa perception du sexe, plus besoin de « caresses interminables » ou de « limer pendant des heures », une stimulation précise est la clé de l’orgasme !

Apportant un divertissement frais et adulte sans tomber dans le vulgaire, l’Amour Propre est une lecture obligatoire ! Intelligent et abordant plusieurs types de relations (recherche anatomique, cocufiage, et même l’Amour), mais aussi des thèmes nouveaux pour l’époque (le point G, l’éjaculation féminine), la BD apporte des citations pleines d’humour gravées dans ma mémoire.

– La grossiéreté c’est pareil, au bon moment, c’est excitant, au mauvais, c’est la douche ! …

– Même plombées à mort, les cravates de notaire sont inoffensives !

(Version lue Albin Michel / L’Echo Des Savanes)

Erotoscope de Tomi Ungerer

Tomi Ungerer est plus connu pour ses livres destinés au jeune public comme les 3 brigands ou le Géant de Zéralda.

En bref, artiste complet, Tomi Ungerer a exploré tous les pans de son art de la BD pour enfants, en passant par l’illustration dans les magazines, jusqu’à l’architecture. En ce qui nous concerne, il a réalisé beaucoup de dessins très érotiques.

Réunis en un gros bottin de plus de 400 pages, ces dessins sont de simples croquis, mais aussi des planches plus travaillées, révélant l’étendue de la qualité de son trait. Si la postérité retient davantage son travail « naïf » au trait plus grossier, c’est un remarquable anatomiste à l’imagination folle et au regard féroce.

C’est ainsi que l’on découvre les séries de sex toys ou de mobiliers érotiques qui sont d’une perversion sans faille. On y trouve aussi une satyre de certaines pratiques sexuelles dont il se moque gentiment en détournant leurs codes.

On est ébahi de voir autant de thèmes abordés, la mort, la religion, les contes de fées, le SM, l’humour, la botanique…

Typiquement, le recueil se feuillette, se repose et on y revient souvent !

(Version lue TASCHEN)

La Punition de Trinca

Une autre BD de Trinca, celle-ci est scénarisée par Tulli.

Trinca Punition CouvEn bref, une jeune femme se fait surprendre à voler dans un supermarché par les vigiles. Ils lui font subir une fouille très méticuleuse et vont la punir comme elle le mérite.

La couverture annonce le contenu, une belle rousse entravée qui va prendre cher. Passées les 3 premières pages qui posent le scénario, les scènes d’humiliation et de sexe hardcore se succèdent. On a le droit à tout, c’est compris dans le forfait, trio, lesbianisme, fist-fucking, SM tendance bustier, machine à baiser, uro, etc…

Le lecteur sait qu’il a payé pour du porno, il en a pour son argent. Mais que c’est fade ! Il y a peu d’émotions dans cette succession de scènes « animales ».

L’héroïne est humiliée, violée, forcée, mais finira par en redemander. On est dans le cliché machiste à 100 %. Et ce n’est pas le dessin qui vient ravir le lecteur. Celui-ci a peu de caractère et les couleurs sont ignobles.

Il ne reste plus qu’à prendre un peu de recul et rire de cette lecture, qui se veut légère et efficace (quoique j’ai de gros doutes sur ce point).

– Tu t’abreuves à ma source… Tu es une cochonne !

(Version lue Editions IPM)

Ombre Et Lumière 3 & 4 de Parris Quinn

Le 1er tome a été chroniqué ici.

En bref, comme le premier recueil, Quinn nous raconte des histoires entre la Bande Dessinée et le roman illustré.

Si le tome 3 est dans la veine des 2 premiers, reprenant et continuant certaines histoires, il n’en est rien pour le suivant.

La grande particularité du tome 4 est d’être des confessions intimes de ses proches et ça rajoute un vrai piquant, une dimension plus réelle dans ces histoires. Elles n’es deviennent que meilleures.

Toujours avec un style graphique quasi photo réaliste avec un crayonné noir & blanc du meilleur style, l’auteur nous prouve dans chaque récit son amour pour les corps, les jeux de rôles, la domination et la soumission et la douce perversité complice des amants.

Au final, un recueil plus excitant que le premier (qui est loin d’être mauvais) avec un aspect assez psychologique, je trouve. L’association textes écrits et illustration a de beaux jours devant elle quand on voit le talent déployé ici.

– Sa bite attachée et gonflée est violacée, et plus dure qu’il ne l’a jamais sentie. Lécher son cul ne manque jamais de produire cet effet-là.

(Version lue Dynamite Editions Collection Canicule)