Aventures Orientales de Milo Manara

La 3e aventure de Guiseppe Bergman, la série culte de Manara, est parue précédemment sous le titre de « Rêver Peut-être ».

En bref, Guiseppe Bergman se perd à nouveau dans l’Aventure. Cette fois, il participe à la recherche d’une équipe disparu lors d’un tournage. Les rushs servent de pistes troublantes pour lui et Fransesca Foscari, la responsable de l’expédition. Continuer la lecture

Interview de Madet

Jeudi 26 Janvier 2012, dans le TGV à destination du Festival de la BD à Angoulême, j’ai l’opportunité de faire ma première interview avec un jeune auteur, Madet, qui a publié « Le Sale Petit Con » chez Tabou Editions.

Madet Sale Petit Con CouvBD : « Le Sale Petit Con », c’est un constat sur les relations homme/femme ou un compte rendu de tes expériences personnelles?

M : Je dirais plutôt que c’est mon vécu. L’album n’est pas une analyse sociologique. C’est plus des moments vécus compilés en une seule histoire et accentués et caricaturés.

BD : Oui c’est ce qu’on ressent, surtout dans les réactions de certains personnages, notamment Clarisse qui « part dans les tours » instantanément. Mais pourquoi ce titre ?

M : Il y a une polysémie autour du con. Sale petit con, c’est pour l’insulte et le sexe féminin qui est au centre de la BD. Ce qui m’intéressait autour de ce titre, c’est qu’à la fois, ça rassemble les personnages et les oppose. En même temps, ça exprime la vison qu’on a de l’autre et de soi, mais aussi de ce que pense l’autre.

BD : Ca renforce les éléments paranoïaques présents dans la BD, avec Clarisse en tête. Ca fait qu’ils ont beaucoup mal à s’accorder nos 2 héros. Au lit, c’est laborieux, notamment à cause du viol qu’a subi Clarisse, même si le mot semble un peu fort.

M : je voulais laisser planer l’ambiguïté. Il y a viol et viol. Elle a du mal à utiliser ce mot. Elle a pas forcément communiqué quand son ex se faisait du bien et qu’elle ne ressentait pas de plaisir. Elle a beaucoup de mal à parler de sexe. Même si on est une génération post révolution sexuelle, ça reste un tabou chez de nombreuses personnes. Selon moi, c’est davantage un trait féminin, bien que ça se retrouve chez la gent masculine aussi : qu’est ce qu’on peut faire, doit faire, ne pas faire, etc…

Ils sont représentés en tant que chien et chat, on sait que ça va être compliqué entre eux.

BD : A ce niveau là, il y a un déséquilibre dans le ivre. Michel a le bon rôle par rapport à Clarisse qui dramatise automatiquement.

M : Je pense que c’est quelque chose qui revient souvent que le personnage principal soit présenté comme quelqu’un de grande qualité. Mais ce n’est pas volontaire, bien que je ne cherchais pas l’équilibre entre eux.

Les réactions de Clarisse sont typiquement immatures. Mais aucun des deux n’est complètement adulte et le fait de se positionner en victime ne l’est pas.

BD  D’où te vient cette passion pour la BD ?

M : J’ai appris à lire par une méthode passant par une BD. Donc la narration par les cases est assez naturelle. Et très jeune, j’ai fait pas mal de BD et je m’y suis mis récemment en tenant un blog. Maintenant je m’intéresse davantage à construire une histoire.

BD : Michel connaitra d’autres histoires?

M : Oui c’est prévu. L’histoire de Michel aura des suites, bien que chaque volume restera indépendant, mais toujours avec humour, qui est très important pour moi et qui convient parfaitement à mon dessin.

Un grand merci à Madet pour sa disponibilité, ainsi qu’à Tabou pour avoir permis cette rencontre.

Minus de Rica

Rica a participé à Premières Fois.

En bref, Minus est un fils de bonne famille, pistonné par son père qui lui a aussi donné son surnom. Arrogant et cynique, il vit dans sa bulle se satisfaisant de masturbation, de filles faciles et de quelques soirées avec ses collègues de travail.

Dans sa solitude volontaire, Minus est détestable. Il n’a aucune ambition, ne cherchant que sa petite satisfaction. C’est aussi un obsédé, partageant avec nous son parcours de branleur et sa pièce secrète qu’il garde fermée lors de visite de ses « amis » ou conquêtes. Mais bien évidemment, les secrets qu’il veut garder vont le gangréner peu à peu.

Dans un style lorgnant vers Charles Burns, on apprécie la cohésion du trait et du récit. C’est noir, gras et un peu sale, comme le propos global de l’album.

Cette descente aux enfers est parfaitement maitrisée, avec des scènes (notamment celles des rencontres de filles dans les bars) qui ont un goût de vécu. Un très bon moment de lecture.

– Elle sent ma gaule, mais ne s’y frotte pas.

(Version lue Drugstore)

La Compagne Du Tigre de Hugdebert

Hugdebert est un auteur français essentiellement publié dans le magazine BD Adult’ durant les années 90.

Hugdebert Compagne du Tigre CouvEn bref, Li « Chaton de Saule » est une jeune femme vivant dans les mers de Chine vers la fin du 17e siècle. Elle devient pirate comme l’était son père. Pour satisfaire ses ambitions, elle ne recule devant aucun sacrifice.

Avec Hugdebert, on est habitué à ses récits semi-historiques pornographiques. L’entremêlement de scénario avec les scènes s’enchaîne plutôt bien. Avec un ton très classique, on en a pour notre argent et Li multiplie les amants, les combats et les mésaventures.

Amateurs d’exotisme, cette BD est pour vous. L’auteur a ses fans, je n’y adhère pas. Ce feuilleton romanesque est un exercice difficile et je n’y ai pas trouvé de crédibilité. Mais c’est dépaysant, simple et direct.

Le trait est maîtrisé. Le noir & Blanc aurait pu faire l’objet d’une colorisation, car c’est un peu fade. Mais il faut reconnaître qu’Hugdebert soigne ses cases (qui sont souvent bien vides chez ses collègues).

– Appliquez-vous un peu, petites putes, au lieu de bavasser !! …

(Version lue Bandes Dessinées pour Adultes)

Erotic Comics : A Graphic History Vol 1 & 2 de Tim Pilcher

Tim Pilcher est un auteur anglais spécialisé en comics.

Tim Pilcher Erotic Comics 1 Couv UKEn bref, 2 volumes sont disponibles pour ce travail remarquable qui dresse le meilleur portrait du genre à ce jour.

Le premier tome est dédié à développer l’histoire de la Bande Dessinée érotique. En partant des bas reliefs de l’antiquité, en passant par les Tijuana Bibles, Pilcher continue avec les Pin-up et le Good Girl Art. Il termine sur les comics indépendants et présente rapidement les européens les plus importants historiquement.

En évoquant un genre, il développe systématiquement avec des auteurs ou des magazines représentatifs.

Tim Pilcher Erotic Comics 2 CouvLe second tome est plus précis et ne porte que sur des auteurs et des magazines plus modernes. Les européens sont plus mis en avant, et il y a un bon début sur les mangas. La partie concernant les BDs Gay est très conséquente.

Le travail de Pilcher est remarquable à plus d’un titre. Tout d’abord la synthèse qu’il propose avec son point de vue transversal est, à mon avis, unique (et non survolé comme dans l’encyclopédie de Filippini). Ensuite la maquette et les illustrations offrent un panorama très alléchant. Enfin, le genre est dévoilé avec brio et intelligence dans sa diversité.

Les ouvrages ne se destinent pas qu’aux spécialistes, mais surtout à l’amateur de Bandes Dessinées quel qu’il soit. Ce sont tout simplement les ouvrages de référence à posséder.

(Version lue en anglais T1 : Abrams Books T2 : Editions Skylight mais aussi disponible en français chez Tabou Editions Tome 1 et Tome 2)

Les Petites Vicieuses T3 : Les Copines à Confesse de Monica & Béa

2e tome lu de cette série de 3 recueils, le premier est chroniqué ici.

Monica Bea Petites Vicieuse T3 CouvEn bref, nous suivons les récits de quelques jeunes femmes ou adolescentes et de leurs aventures sexuelle.

Fraîches et juvéniles, les héroïnes dépeintes par Monica et Béa n’ont pas froid aux yeux et provoquent tour à tour leur professeur, leur psychiatre, leur copain ou copine. Elles savent ce qu’elles veulent et l’obtiennent à grands coups d’exhibition.

Dans ces pages donc, il n’y a pas de place pour le romantisme, mais pour le coquace, le gentil lubrique et la « saute-au-pafomanie ».

On est pas surpris par le dessin très moyen qui, pour cet album, est colorisé.

Heureusement quelques traits d’humour sont parsemés, qui agrémentent une lecture un peu fade.

– Je te promets un film du tonnerre, mais n’oublie pas : de grosses queues noires !

(Version lue DYNAMITE Editions)

Déchus de Aurélien Guilbert

Nouveau venu chez Tabou Editions, Aurélien Guilbert est un auteur aux influences multiples, entre autres les comics.

Aurelien Guilbert Dechus CouvEn bref, Esthel est un ange envoyé sur Terre. Et elle n’est pas la seule, certains anges ont choisi de venir par chez nous pour connaître les sensations d’un monde réel et plein de sentiments. Et c’est l’hécatombe, un ange ayant une relation sexuelle avec un humain fait mourir ce dernier.

Point de départ d’une série en 5 volumes, « Cosmogonie » pose les bases de cet univers très proche d’un Jeu De Rôles (In Nomine Satanis, Magna Veritas où il était possible de jouer des anges – j’ignore si l’inspiration est volontaire de la part de l’auteur).

Très sombre dans son approche, Guilbert dépeint un monde noir avec un ton pessimiste. Le trait très épais renforce cette noirceur et ce coté sale qu’a cette Terre. C’est perturbant, mais efficace, car cela sert le récit. On voit aussi quelques hommages à des auteurs comme Frank Milller et Mike Mignolia dans ses cases.

Le sexe n’y est pas présent dans toutes les pages, mais est un élément fort dans ce comics adulte à la française. Le thème religieux apporte nombre de personnages forts et on sent toute l’ambition de ce jeune auteur.

Sans être complètement convaincant, le 1er tome est encourageant et on attend la suite ! Esthel réussira t’elle sa mission? Qui est derrière l’Eden? Les révélations promettent d’être fortes.

– C’est sorti d’elle… Un pénis est sorti de son sexe, ok? Un putain de pénis !

(Version lue Tabou Editions)

Rhâââââ, l’intégrale de Marcel Gotlib

Marcel Gotlib n’est pas un auteur érotique, mais plutôt d’humour. Néanmoins, il a largement participé au développement du genre avec des magazines tels que Fluide Glacial ou l’Echo Des Savanes.

En bref, cette intégrale regroupe 2 séries : Rhaaaaa Lovely et Rhaaaaa Gnagna. Ces 2 séries devenues des classiques datent des années 70.

Avec un ton et un dessin très provocateurs, Gotlib pousse et développe un humour osé et adulte. Loin des travaux avec Goscinny pour les Dingodossiers, la destination est mature.

C’est dans ces pages qu’on trouve entre autres la parodie de Barbarella et Alice au Pays des Merveilles, de l’Exorciste et bien d’autres détournements mâtinés de thèmes durs tels que l’inceste.

On est forcément ici dans le registre de l’humour et de la dérision. On peut imaginer le parfum de scandale autour de ces pages à leur parution. Gotlib est un grand monsieur de la BD française, et cette intégrale reste drôle et (gentiment) sulfureuse.

– Oh Madame est trop bonne. Je connais mes défaut… Mes élans ont quelque de mécanique…

(Version lue Fluide Glacial)

Sade L’aigle, Mademoiselle… de Griffo et Jean Dufaux

Griffo au dessin et Jean Dufaux au scénario ont travaillé ensemble sur la série Giacomo C et Samba Bugatti.

Griffo Dufaux Sade L'aigle Mademoiselle CouvEn bref, dans une pièce de théâtre étrange, une compagnie propose une adaptation de la vie du Marquis de Sade.

Si la base du récit s’appuie sur une vérité historique, il s’agit néanmoins d’une vision de l’époque et de la psychologie du « Divin Marquis ». Présenté sous les traits de Gérard Depardieu, celui-ci est enfermé à la Bastille et élabore une conspiration avec des troublantes collaborations.

Le personnage est torturé, en proie à des hallucinations et à une paranoïa galopante. Si le scénario est habile afin d’éviter les foudres des connaisseurs, on est un peu dans le flou sur la vérité dans ces pages.

Malgré tout, la lecture est agréable, très soft avec quelques suggestions coquines, très éloignées des écrits connus de Sade. Et le dessin très classique avec ces couleurs impeccables fonctionne bien.

Sans être un ouvrage de référence, on apprécie le regard sur la vie de l’auteur.

– Qu’ils sont doux les plaisirs de l’imagination ! Toute la terre est à nous, pas une seule créature ne nous résiste…

(Version lue Glénat)