Les 4 Amies T1 de Atilio Gambedotti

Atilio Gambedotti est un auteur argentin qui vit aujourd’hui en Espagne. Il a travaillé notamment pour Kiss Comix.

En bref, dans un futur pas si lointain, nous suivons les aventures de 4 copines. Il y a Marité, sage et croyante, Sybille, la sportive, Hélène, la roublarde arnaqueuse et enfin Anna, la  fonceuse qu’aucun excès ne refroidit. Elles sont toutes belles et ont une vingtaine éblouissante.

Nos 4 amies, tour à tour, connaissent des mésaventures et tombent forcément nez à nez avec des sexes énormes. Avec leur caractère très distinct, leurs histoires ne se répètent pas.

Ce qui choque dans la découverte des premières pages est l’esthétique inspirée du Manga, certainement due aux coiffures et aux couleurs employées. Si on passe quelques maladresses, surtout sur les visages masculins, on trouve quelques pages avec des cadres dynamiques, mais surtout des scènes très hard.

Globalement, le récit manque de cohérence et a un coté très brouillon. Quelques planches sont néanmoins très fortes et on peut se dire que la suite sera meilleure.

– Vas-y, petit novice, passe par la porte de service. Dépêche-toi, prends-moi le cul !

(Version lue Tabou Editions)

Sex In Italy 2 de Luca Tarlazzi

Tarlazzi s’est fait connaitre en France en étant publié dans la série « Selen présente » de Vents d’Ouest. Nous avons parlé de ses autres BDs ici.

Tarlazzi Sex In Italy 2 CouvEn bref, nous retrouvons notre couple sexy du 1er volume : Marco et Serena. Le couple est « libre » et l’album débute sur Marco qui sort baiser une autre, malgré une torride Serena qui ne laisse personne indifférent.

Le ton est donné dès les premières pages. Le lecteur ne va pas s’ennuyer. Le seul vrai bémol reste la coiffure improbable de Marco. Le reste est propre au goût de chacun suivant les situations décrites.

Mais le trait de Tarlazzi s’affirme fort dans ces pages et sa maîtrise de l’aérographe est parfaite. La chevelure de la belle et sa peau sont appétissantes à souhait.

Si le ton est très pornographique, on apprécie que Tarlazzi y sème des notions de voyeurisme, de jeux de piste et d’adultère consentant qui « élèvent » le niveau. Les dernières planches peuvent troubler, mais on apprécie de rentrer dans l’univers propre du dessinateur.

– Tu vas désigner un de nos invités et tu n’auras qu’une minute pour le sucer.

(Version lue DYNAMITE Collection Presbyte)

Gwendoline, En Course Pour la Gold Cup et Autres Raretés de John Willie

Delcourt continue à publier les aventures de Gwendoline, déjà évoquées ici pour le premier volume.

En bref, « Gwendoline, En Course pour la Gold Cup » est un recueil comprenant une histoire complète, quelques récits inachevés et surtout une trentaine d’illustrations en couleurs.

Il est malheureux de constater que Willie a fini peu d’histoire. Si on garde une préférence pour ses dessins plutôt que ses scénarios, connaitre une histoire « de a à z » est toujours plaisant.

« En Course pour la Gold Cup » met en scène Gwendoline, victime idéale, fraîche, candide et pure et U69, une espionne, reine de l’évasion qui n’a rien contre être attachée. Elles vont déjouer les plans de Sire D’Arcy et de sa comparse, la Comtesse, qui veulent rafler l’héritage de la belle.

On retient la force des cases de Willie et ses mises en situations. Les dessins contiennent forcément beaucoup de bondage et de fétichisme (chaussures à talons, bas couture, corsets). La perversité des situations vécues est délicieuse, il y a souvent un second degré aux réflexions avec un trait d’humour de temps en temps. Et tout cela est fait sans situations ouvertement sexuelles.

Un classique de la Bande Dessinée du genre datant des Années 50, c’est assez rare pour foncer dessus et savourer !

– Que dirais-tu de quelques leçons sur les nœuds en attendant?

(Version lue Delcourt Erotix)

Les 5 Sens d’Eros de Giuseppe Manunta

Giuseppe Manunta est un dessinateur Italien qui a travaillé pour Heavy Metal et Penthouse Comics.

En bref, 9 histoires brèves sont au menu de cet album. Elles sont très différentes les unes des autres. Et les premières sont basées sur les sens, d’où le titre.

Il y a une véritable force dans la brièveté de ces histoires. Et la sensualité du dessin de Manunta renforce parfaitement ce qu’il veut nous donner. Même si quelques unes sont inégales en qualité, le lecteur est globalement satisfait.

On retiendra spécialement les premiers récits sur les sens et leur ton doucement pervers et gentiment tragique. Drôle de mélange, peut on penser, mais c’est bien un équilibre vers lequel tend Manunta. C’est aussi un jeu que l’auteur ne gagne pas à chaque histoire, notamment « Eros, Thanatos, et les autres ».

On apprécie les couleurs impeccables qui donnent une tonalité particulièrement douce à chaque histoire. Avec un talent unique, Manunta dépeint des situations crues avec candeur et simplicité.

Au final, L’album est une belle surprise avec un esprit enfantin, comprenez candide, naïf et entier.

– Voyons Madame : Le miel n’est fait que pour les massages. Pour que la cure fonctionne, il ne faut pas avaler systématiquement.

(Version lue Tabou Editions)

La Revanche de Bruce Morgan

La Revanche est la suite directe de L’Institutrice, mais c’est aussi le tome 3 de la série « Instincts Pervers« .

En bref, nous retrouvons Valérie dans le train pour le Berry où elle va retrouver un agriculteur qui, elle l’espère, sera le maître qu’elle recherche. Mais c’est aussi le récit croisé de Sylvie, héroïne de « L’Esclave Sexuelle », nièce du fameux paysan berrichon.

Dans le premier volume, Valérie découvrait sa sexualité. Ici, elle l’assume avec beaucoup d’entrain. Et c’est un euphémisme. Si l’héroïne cherche ses limites, le lecteur est confronté aux siennes. Le récit est certainement un des plus choquants jamais lus.

Bruce Morgan ne recule devant rien. Soumission totale, violence extrême, urologie et scatologie sont au programme. Valérie devient une chose masturbatoire, des orifices et une langue à disposition. Et que penser de Sylvie, qui passe d’esclave à dominatrice zélée?

Vous êtes prévenus, Morgan vous amènera loin et le voyage ne plaira pas à tout le monde. Ici, on est au delà des jeux de rôle du « SM de salon » ou fétichisme, tout simplement parce qu’on ne joue pas.

– Ça fait cinq bonnes minutes que tu me lèches le fion… Il doit être propre maintenant !

(Version lue DYNAMITE Collection Outrage)

Bonheur #1

Bonheur est un magazine édité par les éditions La Rouquine.

 La Rouquine Bonheur CouvEn bref, Bonheur est un recueil du travail de 4 jeunes artistes : David Sourdrille, Mavado Charon, Philippe Manuel et Olivier Texier.

Il est toujours appréciable de faire connaissance avec le travail de jeunes artistes. On a parlé récemment de Mavado Charon et de son univers macabre et dérangeant. Qu’en est il des 3 autres?

Sourdrille fournit des pages mélangeant grotesque, humour et jeunes femmes aux rondeurs savoureuses. Manuel, avec son trait épais, offre son point de vue de façon un peu crue, l’estampe au poulpe est superbe. Charon est fidèle à ce qu’on a pu découvrir dans Hopes. Et enfin, Texier dessine des univers très cinéphiles avec une femme de 50 Pieds ou des zombies. Les planches avec les sexes aux positions différentes ou exagérées sont drôles et, à mon sens, critiques du système pornographique (surtout les vidéos).

On ne peut qu’encourager l’existence de Bonheur et on leur souhaite une longue vie !

(Version lue Editions La Rouquine)

Alice Au Pays Du Chaos de Man

Man est le pseudonyme de Manolo Carot. Il a, entre autres, collaboré avec le magazine Kiss Comics en Espagne.

Man Alice Au Pays Du Chaos CouvEn bref, Alice se réveille après 2 jours dans un coma étrange avec ce qui semble être sa mère et une jeune blonde muette. Très vite, cachées dans un placard, elles assistent au viol et meurtre de la mère. Elles découvrent que le monde est maintenant peuplé de créatures avides de sexe et complètement déshumanisées.

Le contexte est apocalyptique et le lecteur se retrouve dans une quête pour survivre. Le scénario est original pour le genre et on ne s’ennuie pas à la lecture. Le récit est rythmé mélangeant humour, scènes torrides s’achevant souvent dans une mare de sang.

On sent beaucoup d’inspirations modernes dans le dessin de Man, notamment le manga pour son traitement des visages. Le trait est dynamique, lisse et les couleurs impeccables. Il faut aussi mentionner le sens du cadre de Man résolument moderne et très cinématographique.

Assurément dépaysant et d’une grande efficacité, « Alice » comble le lecteur en attente de récit d’aventures morbides et très intenses.

– Comme si d’être dans cet enfer avec une gamine muette n’était pas un calvaire suffisant, voilà que je me trimballe avec une nymphomane en laisse !

(Version lue Tabou Editions)

Jeux de Filles de Juan José Ryp

Juan José Ryp est un dessinateur qui a notamment travaillé avec le grand Warren Ellis sur Black Summer et contribué à beaucoup de couvertures pour Marvel.

Juan Jose Ryp Jeu de Filles CouvEn bref, 6 histoires courtes sont au programme. Toutes racontent la rencontre ou la relation charnelle torride de 2 femmes. C’est aussi le premier travail érotique de l’artiste.

Dans un ton très franc et direct, le lecteur rentre dans ses scènes intimes avec délice. Le trait de Ryp est profond et intense, donnant à ses héroïnes des regards chauds et troublants ne laissant pas de doutes sur leurs intentions.

Il ne se prive pas pour les mettre dans des situations extrêmes. On apprécie le jeu de rôles entre la soubrette et sa maîtresse, les retrouvailles d’amantes cachées ou la scène débridée dans les toilettes d’un bar lors d’un match de football ennuyeux.

A chaque fois, ses femmes sont fortes et déterminées, mais surtout pleines de désirs sans aucun frein, sans aucune honte. On sera heureux de retrouver ses héroïnes dans d’autres BD.

– Vas-y, salope ! Bourre-moi la chatte, branle moi le cul !

(Version lue Tabou Editionsx)

Small Favors de Colleen Coover

Colleen Coover est une jeune dessinatrice de comics qui a participé à quelques récits pour Marvel.

En bref, Annie, une jeune femme de 20 ans fantasme sur sa voisine en se caressant dans son jardin. Elle sombre dans un rêve et sa conscience sous la forme d’une reine la punit en la faisant suivre par Nibbil, une sorte de gardienne de sa libido. Hors, très vite, Nibbil et Annie vont très bien s’entendre.

Désigné comme un « Graphic Novel », Small Favors rappelle beaucoup des comics comme Strangers Than Paradise. Avec le ton léger et fantaisiste qui caractérise ce genre de publications, la lecture est agréable avec une qualité moindre néanmoins.

Les personnages sont attachants et Annie assumant ses fantasmes les plus délirants avec sa « gardienne » se libère pour devenir finalement la femme qu’elle aspire à être.

A la couverture, on s’attend à une BD de filles pour les filles et peut être à quelque chose de plus terre-à-terre ou de profond. C’est en fait une succession de scénettes coquines et hyper sexuées. Pas franchement émoustillant, mais léger et drôle.

– Je veux me masturber dans la chatte d’Annie !

(Version lue La Musardine)

Interview de Emmanuel Murzeau

Toujours lors du Festival de La Bandes Dessinées à Angoulême, entre 2 séances de dédicaces, Emmanuel Murzeau s’est laissé aller au jeu de l’interview autour d’un bon verre.

Murzeau Aphrodites T2 CouvBD : « Le Masque Aveugle » est le 2e tome de la série « Les Aphrodites« . Un 3e tome est en route et il devrait clore le récit.

M : Je le mets en route au Printemps, mais il y a matière avec Nerciat à faire presqu’un décalogue et ainsi de faire durer le plaisir. Après le 3e, je ne sais pas. Est-ce que lecteur aura encore du plaisir, en aurai-je encore, est-ce que j’aurai encore des choses à dire là-dessus? On verra. J’essaierai de faire un truc un peu rond qui pourrait clore.

BD : Et tu travailles seul à l’adaptation?

Oui, seul. Enfin, Le Chevalier a été sympa. Il a écrit ça comme une pièce de théâtre. Les dialogues sont déjà là, les descriptions sont importantes en pieds de page. En gros, je garde au maximum l’original.

BD : Pourquoi adapter Nerciat?

M : Tout d’abord, parce que la langue est superbe. C’est une nostalgie de ma langue. Après 15 ans en Allemagne (Murzeau vit à Berlin), je me suis rendu compte qu’il me manquait peu de chose de la France. Mais par contre , la langue, oui. Il suffisait que j’entende parler français pour me sentir comme chez moi. Je sentais qu’il y avait des mots que je ne pouvais pas expliquer en allemand, comme des odeurs, ça ne s’explique pas. Il y a des mots qui te touchent personnellement.

BD : Quel a été le moteur de cette adaptation ?

M : C’est l’idée du libertinage, ou ce qu’ils appellent « morosophes », qui est une philosophie très moderne. Tout le monde est égal et ça m’a plu. C’est aussi un Vaudeville, où les femmes sont dominantes. Je voulais aussi montrer que, dans l’Histoire, bien que nous sommes après la libération de la Femme, ces idées étaient déjà là, tout en étant anti-religieux et athéiste.

BD : C’est contemporain du Marquis de Sade.

M : Selon moi, il y a un gros malentendu avec Sade. Il n’est ni érotique, ni pornographique. C’est un philosophe qui fait de l’hédonisme et de la morale. il parle de la violence. Ca me fait pas du tout bander. J’échangeais récemment quelques lignes avec une scénariste qui s’attaque à une de ses œuvres. Quand j’ai vu les registres qu’on devait aborder comme la pédophilie ou l’inceste, je me suis demandé comment on aborde ça. Si on l’enlève, on perd de l’intérêt. Et je ne suis pas convaincu de le faire.

J’ai le même souci avec Nerciat. Le personnage de la jeune serveuse noire d’une quinzaine d’années est bien traitée, mais, dans ce sens là, ce n’est plus de l’érotisme pour moi.

BD : Tu es très attaché à l’idée d’érotisme.

M : Oui, j’imagine qu’une majorité de dessinateurs a leur jardin secret. C’est pour nous une psychanalyse. On recrache nos obsessions sur le papier, le galbe d’une cuisse, une ombre sur un visage. On en profite, on en fait un métier. Et on le partage avec nos lecteurs.

BD : Et quelle base anatomique utilises-tu pour tes dessins? Murzeau Aphrodites 2 Dedicace

M : J’utilise assez peu de modèle. Je fonctionne beaucoup à la mémoire. Je m’attache davantage à trouver le bon angle, à imaginer la scène et à savoir où poser ma « caméra ». Peut-être un souvenir de mon père ingénieur.

BD :Et pour les décors?

M : J’ai essayé de me documenter et de pas trop m’en faire. Je préfère dessiner des corps, mais il y a une cohérence. J’ai évité l’anachronisme, sans tomber dans l’étude approfondie.

BD : Et parle nous de cette couleur unique, ce « Vert-de-Gris ». C’est un parti pris fort.

M :  A la suite d’expériences passées, la phase d’encrage n’était pas satisfaisante. A cette époque, j’ai lu une interview de Loisel qui disait pourquoi s’embêter avec les encrages, alors que Photoshop permet de s’en passer. Pour les Aphrodites, j’ai trouvé des mines de plomb aquarellables que j’ai essayé sur du papier Canson et ça avait de la gueule. J’aime bien séparer la forme, la lumière et la couleur séparément.

Un grand merci à Emmanuel Murzeau et Tabou Editions.