Tournage Amateur de Ardem

Ardem délivre la suite et fin de la série « Les Films de Justine » qui a commencé par Vidéos Privées.

En bref, nous retrouvons Justine, toujours aussi belle et désirable. Elle a largué son mec qui l’avait mise au films amateurs avec son beau-frère. Acceptant son fantasme exhibitionniste, elle participe au tournage d’un « vrai » film sur une île paradisiaque.

Toujours avec son trait réaliste, Ardem livre la suite du récit avec facilité. Les éléments du récit restent les mêmes. On retrouve l’écœurement dans certains personnages forcés, Aurélie remplace Justine à ce rôle, Le « queutard » odieux et pervers et aussi le compagnon qui impose son fantasme à sa compagne.

Si on reste satisfait par l’ensemble, on s’ennuie un peu devant le manque de rythme et des scènes un peu longues. Le point d’orgue de l’histoire reste la partouze qui révélera Aurélie à sa sexualité, très anale.

Malheureusement, rien est très original sans jamais être mauvais. On attendait davantage de l’auteur face à la qualité des précédents titres lus. Les thèmes de l’exhibitionnisme et du voyeurisme ne sont pas assez bien exploités et préférés à des fantaisies plus simplistes.

– Tu vas nous servir de vide-couilles, pas vrai ? Sac à foutre !!!

(Version lue DYNAMITE Collection Outrage)

(Désolé pour les extraits très petits – Merci de vous reporter à Vidéos Privées pour vous familiariser avec le dessin)

La Blonde : Coup Double de Franco Saudelli

Franco Saudelli est un dessinateur italien, très proche de Giovanna Casotto.

En bref, la Blonde est une voleuse façon Arsène Lupin moderne, ne servant que ses intérêts et très intéressée par l’argent. Elle entreprend de kidnapper la chimiste responsable d’une recette de biscuits. c’est le début d’une histoire rocambolesque avec course-poursuite et revirements de situations.

Placée dans un univers futuriste avec voitures volantes, etc, l’histoire est un hommage appuyé aux comics du Golden Age. La mise en page et les cadres sont audacieux et dynamiques.

On note l’absence totale d’hommes et le contenu de la BD est orienté sexy bondage. Le lecteur est plongé dans un univers fantasmé avec super vilaine, otages en parfaites victimes et héroïne débrouillarde, sympathique et mystérieuse.

Les références sont très nombreuses et c’est un plaisir de voir des clins d’oeil vers John Willie, les films des années 80 et même Walt Disney. La lecture est donc fortement recommandée !

– Guili… Guili… Guili… Guili… Je veux la formule ! Je la veux ! Je la veux !

(Version lue Dargaud en couleurs, disponible en N&B chez Tabou)

Callipyge de Namio Harukawa

Namio Harukawa est un artiste japonais ultra-spécialisé.

En bref, Callipyge est un recueil de 32 pages en grand format reprenant une partie du travail de l’artiste. L’obsession de celui-ci pour les femmes fortes (dans tous les sens du terme) s’asseyant sur le visage d’homme constitue le fil rouge de ces œuvres.

Les femmes d’Harukawa sont bourgeoises, policières, infirmières ou en costume traditionnel ou de lycéennes. Elles fument et boivent, mais surtout dominent la gente masculine. Elles semblent le plus souvent froides, vaguement extatiques ou détachées.

Ces maitresses exercent leur autorité soit par bondage, soit en transformant l’homme en mobilier humain. Leurs fesses énormes et rondes, leur poitrine opulente et leurs dimensions dans chaque planche font qu’elles dominent même le spectateur.

Si l’aspect graphique traduit un phantasme et une soumission évidente, on peut y voir aussi un retournement des codes « traditionnels » de la pornographie où la femme est réduite à un objet sexuel et des esclaves.

(Version lue United Dead Artists)

Un Bel Eté de Marco Nizzoli

Marco Nizzolli est le dessinateur du « Monde d’Aleph-Thau » avec Alejandro Jodorowsky au scénario. .

En bref, Laura et Eléna partent en vacances en Grèce. C’est l’été et Laura, belle brune aux cheveux courts est bien décidé à faire qu’Eléna, blonde bouclée, oublie sa dernière mésaventure sentimentale.

Dès les premières pages, la parenté avec le trait de Manara s’impose. On sent malgré tout des différences, Nizzoli dévoile ses scènes intégralement, là où Manara suggérait un sexe d’homme, mais ne le dessinerait pas par exemple.

On se laisse porter par ce récit facile à lire et très confortable. Nos 2 héroïnes sont charmantes à souhait et le contraste de leur personnalité fonctionne parfaitement. Nizzoli excite le lecteur en lui promettant des scènes torrides qui, au final, ne sont jamais complètement satisfaisantes. Il évolue dans un genre porno-soft qui n’est pas déplaisant avec cependant quelques dialogues un peu lourds.

Au final, si l’histoire n’est pas très originale, le tout est très bien traité et maitrisé. C’est le parfait exemple de l’érotisme à l’italienne, divertissante et émoustillante.

– Quand ce jour est arrivé, j’en ai eu la confirmation, je suis une bouffeuse de sperme !

(Version Lue Tabou Editions)

Men Beg de Stu Mead et Frank Gaard

Stu Mead et Frank Gaard sont 2 peintres et illustrateurs.

Stu Mead Frank Gaard Men Beg CouvEn bref, Men Beg est un recueil de travaux des 2 artistes très différents dans leur approche, mais jouant tous deux sur la provocation.

Les peintures de Stu Mead sont certainement ce que l’on retient le plus dans ce livre. Ses tableaux comportent essentiellement des jeunes filles en situation incongrue, ce qui choquera beaucoup. Ces nymphes dénudées et sexuées sont en général placées dans un contexte religieux (le Diable est souvent présent). Elles peuvent aussi prendre des poses pornographiques. Et le contraste est fort quand on les retrouve innocentes et pures avec leur petit violon, mais malgré cela elles restent salies.

Le cadre adulte appliqué aux jeunes filles est très perturbant. Une fillette n’a évidemment pas le corps d’une pin-up. C’est donc une œuvre puissante et qui interpelle énormément. A croire que l’innocence n’existe pas.

Frank Gaard, quant à lui, dévoile des œuvres plus proches de l’illustration. Ses personnages au nez proéminent et aux proportions plonge souvent leur regard vers le spectateur. Et ses scènes sont très sexuées avec des exhibitions débridées. Gaard place aussi des pénis un peu partout et détourne ou s’inspire de classiques comme DickTracy (d’où son trait semble s’inspirer).

L’œuvre de ces 2 artistes marque, pousse à la réflexion et vous hantera.

(Version lue Le Dernier Cri)

Xtoirettes 1 de Andrea Camic

Andrea Camic est un auteur italien. Il a sorti en 2011 les 3 Cerises qui  n’a laissé personne indifférent.

En bref, en 4 histoires courtes, Camic nous dévoile son talent de conteur. Les thèmes sont variés, du fétichisme du pied du premier récit au détournement de conte de fées.

Le ton est volontairement léger avec de l’humour. Ici, tout est naturel et bon enfant. Et les page se tournent rapidement, le lecteur se plait dans l’univers de Camic.

Avec un trait particulier, notamment pour les visages, tout concourt à un érotisme mignon et décalé. On apprécie la fraîcheur et le visible enthousiasme de l’auteur. Le seul problème à signaler porte sur les couleurs des 2ème et 4ème récits, trop baveuses à mon goût.

Idéale pour oublier une journée douloureuse, cette bande dessinée apporte son lot de satisfaction et d’excitation. On y retourne avec joie !

– Je mourrai en jouissant, plutôt que de vivre flétri comme une vieille fleur !

(Version lue Tabou Editions, disponible aussi chez Averotix)

Câlinée Sous X de Karo & Cornette

Karo est une dessinatrice française. On lui doit les dessins de l’adaption BD des « Osez » de la Musardine et « Arthur et Janet » avec Cornette au scénario.

þÿEn bref, Kyra est une jeune femme au corps longiligne, professeur de Taï Chi Chuan et peintre. On découvre son histoire sentimentale, ses amants et ses blessures.

Kyra a quelque chose d’enfantin et semble subir les assauts de ses prétendants. Il faut dire qu’elle est très attachante. On aime la voir libre et fraîche. On déteste la voir malmenée par son plan cul unilatéral qui ne semble pas la respecter.

Mais le scénario de Cornette est assez futé dans sa narration et bien porté par le trait simple de Karo. Les errances de Kyra ont quelque chose de familier et proche. On connait tous un ou une Kyra.

Selon chacun, l’héroïne sera touchante ou parfaitement énervante dans sa passivité. C’est encore un personnage féminin hésitant sur sa bisexualité cliché. Le registre soft colle avec le ton global.

Tirant vers le manga par moment, tout le monde n’y trouvera pas son compte.

– Je crois que je suis amoureux !

– Tu veux dire que tu bandes ?

(Version lue La Musardine)

Interview de Lorenzo Nuti et Marco Rastrelli

Dernière interview réalisée en partie à Angoulême 2012, nous avons rencontré Lorenzo Nuti en dédicace sur le Stand de Tabou Editions pour l’album « Les Bêtes de Black City« . Un souci technique nous a amenés à développer l’interview avec le scénariste Marco Rastrelli.

Rastrelli Nuti Betes de Black City CouvErotographe : Quel est votre parcours ? Vos influences ? Et vos travaux précédents?

Lorenzo NUTI : Ma formation commence au lycée artistique de Florence, avec l’étude de la peinture, la sculpture et l’architecture. Je passe ensuite un an aux Beaux-arts, mais mes centres d’intérêt se dirigent de plus en plus vers le monde de l’illustration et de la BD. Appréciant en particulier l’aspect du dessin lié au récit séquentiel, j’ai décidé de m’inscrire à La Scuola Internazionale di Comìcs. J’ai choisi la section Illustration pour son rapport aux couleurs (la peinture et la couleur demeurent une passion secrète). Après mes études, j’ai commencé à travailler comme coloriste avec Niccolo Storai et plus tard, j’ai rencontré Marco Rastrelli. Nous avons publié une histoire courte pour l’album collectif « Dreams », édité chez Double Shot, pour ensuite commencer à travailler sur « Les Bêtes de Black City ». Récemment, j’ai pu aussi découvrir le monde de l’animation, grâce au studio d’animation Stranemani International.
Au fil du temps, la liste des auteurs de référence s’est allongée, je me contente donc de citer ceux qui m’ont « marqué » de manière significative et directement liés au monde de la BD : Ausonia, Ashley Wood, Sergio Toppi, Mike Mignola, Alessandro Barbucci…
…en outre, je souffre d’une forme d’admiration fétiche pour Egon Schiele, mais c’est une autre histoire…

Marco RASTRELLI : Mon parcours a été fondamentalement sinueux et assez éloigné de la BD au départ, puisque j’ai fait une école d’électronicien ! Et puis mes passions pour la bande dessinée, l’écriture et le cinéma ont pris le dessus, alors je me suis inscrit au Cours de Scénario auprès de la Scuola Internazionale di Comics. C’est là que j’ai eu la chance de rencontrer Lorenzo Nuti et de publier avec lui un épisode dans l’album collectif « Dreams », mais aussi de réaliser que c’était ma raison d’être dans la vie.
Mes influences reflètent bien sûr ce que j’aime dans la BD, l’animation et le cinéma. Je reconnais cependant une intense passion pour le cinéma japonais des années 70 (en particulier pour les « Pinku violence » comme « La femme scorpion » de Shunya Ito.)
Quant aux scénaristes de BD, mes influences sont bien-sûr Jean-David Morvan, le regretté Carlos Trillo et le travail de Frank Miller dans « Elektra Assassin » et « Batman: The Dark Knight Returns ».

Erotographe : Les italiens et le western, c’est une longue histoire ! Vous prolongez l’histoire? Considérez- vous les bêtes de Black City comme un fumetto ?

Marco RASTRELLI : « Prolonger l’histoire » c’est peut-être un peu trop ! J’adore les westerns Spaghetti et je souhaitais simplement me mesurer avec un genre qui me passionne et pour lequel je pense encore écrire dans le futur.
Pour moi « Les bêtes de Black City » est un fumetto, tout comme les Comics, les BD, les Historietas. Chaque marché ayant ses propres règles de narration et ses propres formats, avec « Les bêtes de Black City » j’ai essayé de respecter les canons de la BD tout en apportant une sensibilité différente.

Nuti Bêtes de Black City T& DédicaceErotographe : Quel est le support de dessin pour l’anatomie des femmes ? Des modèles ? Des vidéos ?

Lorenzo NUTI : J’étudie l’anatomie artistique depuis 1998. J’adore ça. Ça et la perspective. Je crois que ce sont les rapports les plus sains et les plus longs de toute ma vie, hahahaha…ah.
Pour Black City juste quelques photos de référence : objets, vêtements, univers. On peut dire que le reste est venu chemin faisant, car il n’y a pas de recherche du réalisme figuratif absolu.

Erotographe : Le style est moderne et très impressionnant avec une ambiance chaude. Quelle en est l’origine ?

Lorenzo NUTI : J’aime tout explorer dans la peinture, par conséquent je n’ai pas ma propre technique d’exécution approuvée et certifiée avec un label, j’ignore si c’est un bien ou un mal.
Dans le cas de Black City, j’ai testé plusieurs solutions d’équilibre entre aquarelle et encre de chine, pour finaliser au numérique afin de faire ressortir les couleurs et améliorer les temps de réalisation.
En général, le cinéma et son style de narration, sa manière de décrire les univers et de faire sentir la scène m’influencent beaucoup.
J’ai choisi les couleurs chaudes car elles allègent tout sans créer de contrastes excessifs, tout en évitant de m’éloigner des tonalités érotico-dramatiques de l’histoire.

Erotographe : Lorsqu’on voit les « anges » se faire proposer une nouvelle vie, elles sont ensuite violées et deviennent les ‘bêtes ». Le destin est capricieux avec vos héroïnes. Vous êtes pessimistes ?

Marco RASTRELLI : Est-ce que je suis pessimiste ? La réponse est oui, mais je déteste avoir raison. Je voulais une histoire dure, dans un univers dur et surtout qui devait être explicite et cohérente jusqu’au bout. J’ai vu trop souvent des films ou des Bandes dessinées qui voulaient à tout prix avoir une fin heureuse et au final allaient contre tout ce qui avait été construit auparavant.

Erotographe : 3 tomes sont prévus. Que pouvez vous nous dire à ce sujet ?

Lorenzo NUTI : Oui c’est ça, 3.
Actuellement, nous pensons à la mise en œuvre du Tome 2 tout en observant le parcours du Tome 1. Si tout va comme on veut, on vous tiendra informés, dès qu’il y aura du nouveau…
Marco RASTRELLI : Je vous remercie sincèrement de l’attention accordée !

Merci aux auteurs pour leur temps et patience consacrés à avoir répondu à nos questions.

Dirty Comics (Editions Allia)

Nous avons déjà évoqué les « Dirty Comics » avec le livre Tijuana Bibles.

En bref, en 2 volumes, les Editions Allia proposent une traduction de quelques « Eight pagers ». Pour rappel, ces petites BDs étaient composées de 8 pages et une couverture distribuées sous le manteau aux Etats-Unis à partir des années 20.

Quasiment un siècle après leur parution, les Dirty Comics ont perdu leur caractère sulfureux. On retient davantage le côté parodique et la relative niaiserie qui en ressort. Et c’est un plaisir.

On apprécie de pouvoir se confronter à cet érotisme daté et on peut même regretter de ne pas retrouver autant ces cotés paillards et bon enfantin.

Mais le Dirty Comics, c’est aussi un univers sans nom, puisque les auteurs ne signaient jamais leurs œuvres. Par recoupement, certains ont pu être identifiés. Sans volonté de faire de l’art, ce n’était qu’un moyen de vivre pour eux.

On conseillera cette lecture à tout ceux qui souhaitent découvrir l’histoire du genre.

– Merde alors, quelle culasse ! Mais j’ai aucune chance, ma bite est trop petite, j’ai une idée : je vais glisser une bouteille de lait dans mon pantalon pour qu’elle croie que j’assure.

(Version lue Editions Allia – 2 volumes et une intégrale)

Dictionnaire des Films Français Pornographiques et Erotiques en 16 et 35 mm de Christophe Bier

Christophe Bier est un acteur et réalisateur français. Il a publié aussi de nombreux livres sur le cinéma de genre.

En bref, 1813 films sont répertoriés dans ce dictionnaire avec une précision diabolique. Près de 2000 pages qui couvrent donc tous les films français, le tout est complété par 4 annexes et 2 index.

Le travail abattu est considérable. Pas loin d’une trentaine de rédacteurs ont complété le casting, l’équipe technique et un commentaire sur chaque film, mais aussi sa date de sortie et dans quel cinéma parisien il a été diffusé.

La résultat de ces recherches est épatant lorsqu’on sait que ces informations ne figurent même pas dans les génériques des films. La minutie est encyclopédique et le ton parfaitement neutre.

C’est un ouvrage à conseiller aux plus curieux, de vraies pépites sont à découvrir avec des anecdotes assez savoureuses. On ne peut que soutenir une œuvre aussi folle et aussi nécessaire et jubilatoire que ce dictionnaire !

(Version lue Serious Publishing)