New National Kid de Suehiro Maruo

Parler d’un auteur aussi dérangeant que Suehiro Maruo est un exercice délicat. Au fil des tomes dévorés, il m’a fallu m’expliquer pour quoi j’étais fasciné par la noirceur de ces pages. Comment cet artiste qui dépeint des travers humains avec une horreur et une perversion monumentales parvient-il à m’émouvoir de la sorte ?

Suehiro Maruo The New National Kid CouvEn bref, en une vingtaine de récits courts de taille très variable, vous aurez une idée précise des premiers travaux de cet artiste hors norme.

Ces histoires très variées ravageront vos concepts de politiquement correct, voire même du bon goût. En mêlant absurde, violence, sexualité extrême et éléments de la vie quotidienne, chacun se retrouvera dans un cauchemar éveillé. La perversion suinte pour mieux rappeler au lecteur que, lui-même est une créature pleine de failles.

La fascination de Maruo pour notamment l’Allemagne des années 30  ou encore le Japon conquérant est souvent citée pour le décrire, renforçant son caractère sulfureux. C’est oublier trop vite les multiples références au cinéma expressionniste, surréaliste et d’horreur, mais aussi à la culture populaire du manga ou la petite enfance.

Plutôt que de le considérer comme un auteur amoral cherchant à choquer, la lecture de ses œuvres révèle une sensibilité sans limites et un regard sur le genre humain sans fard. Certes, il ne faut pas avoir peur de se confronter à ses propres démons. Peut-être pour mieux se comprendre ?

Suehiro Maruo est, selon moi, un auteur intime, quelqu’un qui m’a touché et interpellé comme peu l’ont fait. Fascinant, dégoûtant, poignant, nul ne sera indifférent. Les plus passionnés y trouveront une poésie et une mélancolie rares.

– Le désir sexuel est à l’origine de la discrimination raciale !

(Version lue Le Lézard Noir)

Giovannissima T3 de Giovanna Casotto

Giovanna Casotto fait partie du petit cercle des grands noms de la Bande Dessinée Érotique. Son style est reconnaissable et ses histoires toujours croustillantes. Mais voilà, on en parle déjà pour la 6e fois.

Casotto Giovannissima T3 CouvEn bref, Casotto est en mode automatique et nous abreuve de récits courts pleins de fantaisies et de fétichisme.

Giovanna, je ne vais pas m’éterniser, j’ai déjà évoqué tes qualités et pourquoi tu es importante dans le « milieu ». Tes histoires courtes sont mignonnes, mais il est où ton album (ou même un récit) long où tu prendrais le temps de développer un réel personnage ? En fait, dans ce volume, j’ai vraiment eu un sentiment de répétition et donc de lassitude. Même en étant brève, on peut réussir à lasser. Voilà, tu tournes en rond et tes pieds ou ton pubis poilu ne me font plus ronronner de plaisir.

Comme souvent, ton dessin peut être magnifique, mais aussi très imprécis, notamment dans les visages. Et je ne parle pas des couleurs (voir l’extrait ci-dessous) qui sont juste moches.

Restons bons amis, Giovanna. Mais arrêtons-nous là !

– Ohhhh ! Défonce-moi la tombe !!

(Version lue DYNAMITE – disponible sur BD-Adultes)

The New Rodeo Girls de Nicky

Il y a des titres qui créent des vocations, des albums qui puent le génie, le talent à l’état pur. Le Royal Gentleman Club a pour moi été un choc, une révélation. Dans mon parcours de lecteur de BD érotiques, si il y a eu un premier jalon qui m’a persuadé que le talent n’appartenait pas qu’a Manara, Nicky et ses histoires courtes m’ont convaincu que la BD pouvait être pornographique, adulte, drôle et pleine d’autodérision. J’attendais donc son nouveau titre comme un messie.
Nicky The New Rodeo Girls COuvEn bref, Marilyn Strangelove débarque dans une bourgade crasseuse du Far West. Mais ce western est très particulier, il n’y a que des femmes, toutes vêtues de façon minimale avec un goût prononcé pour la lingerie et l’exhibition. Chaque histoire raconte les ébats de la belle cowgirl et de ses maîtresses.
Les premières pages désorientent le fan impatient. Nos Cowgirls sont représentées en manga. Le trait est malheureusement approximatif, comme on pourrait le reprocher à du hentai de seconde zone.
Et les aventures de Marilyn laissent finalement froids. Un vrai drame, la désillusion totale, à croire que Nicky se force. « Que n’ai-je pas parodié précédemment? » Ah oui le manga. Et il se vautre dans ce mélange improbable de western à la sauce nippone. Force est de constater qu’il ne maîtrise pas son sujet comme auparavant. Blagues qui tombent à plat, dessins quasi bâclés.

On l’a connu nettement plus en forme ! Mais je me dois de nuancer. C’est la déception du fan qui parle. La relecture m’a donné quelques plaisirs, certes bien éloignés de l’énergisant Royal Gentlemen Club qui continue à faire tressaillir mon bas-ventre à chaque fois que je l’évoque. Il reste le coeur de Nicky dans ces pages, à savoir la gourmandise de ces personnages affamées de sexe et toujours prêtes à tout !

Les thèmes sont tout de même plus violents ! Ici, la place est occupée par de longues sessions de fessée et de soumission saphique avec un grand soin apportée à la lingerie et un amour immodéré des poitrines opulentes et lourdes. Les amateurs apprécieront !

– Tu es devenue si femme ! Personne ne m’avait fait jouir comme tu viens de le faire… Bats-moi, mon amour !

(Version lue DYNAMITE – Disponible sur BD-Adulte)

Les Fleurs du Mal de Baudelaire par Liberatore

Tanino Liberatore fait partie de ces artistes trop rares. Connu essentiellement pour RanXerox, il n’a produit que très peu de titres, préférant s’ouvrir au cinéma et à la peinture.

501 LES FLEURS DU MAL[LIV].inddEn bref, tout comme pour les Onze Mille Verges, Liberatore a choisi d’illustrer 29 poèmes du chef d’oeuvre de la poésie, les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Le projet est ambitieux et attire la curiosité.

Loin d’être un grand connaisseur de la poésie romantique du 19e siècle, il me reste néanmoins ce que tout élève a appris. C’est certainement la raison pour laquelle le recueil commence par l’Albatros.

Il est intéressant de voir le jeu entre la lecture du poème et son illustration, comme un aller-retour qui s’enrichit à chaque trajet. La lecture de ce livre somptueux touche l’âme doublement, invitant à la réflexion et à la contemplation.

Les textes sont mis en valeur par des dessins d’exception, intenses et inspirés. La couverture suffit à se faire une idée concrète, un regard féminin mystérieux et une paire de mains hors d’âge pour un contraste saisissant.

L’intérieur de l’ouvrage vous permettra de révéler des doubles (voire même des quadruples) pages d’illustrations à couper le souffle. Technicien hors-pair, Liberatore nous montre son talent avec une facilité qui laisse sans souffle.

On retourne feuilleter ces pages les jours de spleen ou tout simplement pour se sentir inspiré, poussé par des hommes au talent énorme et atemporel.

(Version lue Glénat)

 

La Demeure De La Chair de Kazuichi Hanawa

Kazuichi Hanawa est un mangaka atypique. Connu pour « Dans La Prison » (Ego Comme x), il était pour moi un auteur réaliste. Je me trompais en découvrant ses « Histoires Fantastiques » et maintenant la « Demeure de La Chair ».

Kazuichi Hanawa Demeure de la chair COuv

En bref, ce recueil regroupe 14 histoires courtes issues de magazines SM japonais au début des années 70. Sans réel dénominateur commun, ces récits montrent une folie ancrée dans des situations macabres, violentes et amorales. L’érotisme n’est pas l’élément central, le sexe est associé ici à la perversion extrême, rajoutant à la déviation des personnages.

L’eroguro de Hanawa a une saveur particulièrement explosive. Le grotesque des scénarios est souvent porté par la psychologie déformée des personnages et par un dessin de toute beauté, malgré une qualité d’encrage variable selon les histoires.

La folie est au coeur de ses pages. On assiste au glissement de l’âme, à la déformation des codes sociaux, souvent en réaction à une situation sanglante et perverse. Implacablement, le lecteur est plongé dans un monde noir d’horreur perverse complètement fascinante.

Il est intéressant de voir les caractéristiques des personnages féminins tour à tour victimes idéales, puis bourreaux sans coeur. Les hommes sont, eux, décrits comme part intégrale du déséquilibre moral, sanguinaires, vénaux, fétichistes et obsédés.

Si vous ne l’avez pas compris, j’ai adoré la lecture de ce très bel objet plus noir et impactant que la plupart des oeuvres présentées ici en général.

– J’ai… j’ai très mal à l’anus !

(Version lue Le Lézard Noir)