Rose Profond de Pirus et Dionnet

Jean-Pierre Dionnet est connu pour être un des trublions des Enfants du Rock. Pour ce qui nous intéresse, on retiendra son rôle dans Métal Hurlant, l’Echo Des Savanes et la BD en général. Il fournit à Pirus un scénario digne de l’expert en Bandes Dessinées qu’il est.

Dionnet Pirus Rose Profond Couv

En bref, Malcolm le rat est un héros du pays rose où tout est beau et joli et où tout le monde s’amuse. 50 ans qu’il tient le grand rôle, ce soir, il a droit à une fête en son honneur. Tout le village est là et Malcolm est vite rincé à grands coups de bière. Il en profite pour s’écarter avec Mimi, celle qui lui fait miroiter ses charmes depuis 50 longues années. L’alcool et la frustration de Malcolm lui font commettre l’irréparable et il viole la tendre Mimi. Il n’en faut pas davantage pour qu’il soit condamné à l’exil…

L’univers Funny Animal de Rose Profond que tout le monde connait avec Mickey Mouse est la référence pour le divertissement destiné aux enfants. Beaucoup d’auteurs s’en sont inspirés pour leur création en y injectant une dimension adulte, notamment Crumb et Fritz The Cat, mais aussi l’essentiel MAUS de Art Spiegelman.

Le lecteur est donc plongé dans un univers confortable sans grande surprise où chaque personnage est un animal, hormis Mimi, l’alibi sexuel de l’histoire, qui est humaine. On se prend au jeu de ce récit qui surprend par sa maturité et son respect à sa matière originelle.

C’est au final un très bel hommage irrévérencieux à la BD et animation américaine jusqu’aux années 50, que j’aurais apprécié plus long tant le dessin de Pirus est élégant avec des couleurs excellentes.

Alors, certes, vous vous demandez où est la fesse dans tout ça ? Un rat qui sodomise une femme, ça ne vous suffit pas ?

– Essaye pas de filer, salope ! Et puisque nous devons nous marier un jour, je prends un acompte… Et sans déflorer la putain de virginité à laquelle tu sembles tant tenir !

(Version lue Casterman)

Le Couvent Infernal de Ignacio Noé et Ricardo Barreiro

C’est certainement le dernier titre chroniqué pour Ignacio Noé qui a cessé le porno (malheur à nous).

Ignancio Noe Barreiro Couvent Infernal Couv

En bref, dans un couvent espagnol reculé, les bonnes sœurs punissent tout écart aux bonnes mœurs que leur impose leur statut. Après un accident, elles découvrent une porte cachée. Celle-ci, une fois ouverte, provoque l’arrivée du diable dans le lieu saint. Les nonnes vont alors connaitre la luxure avec un goût de soufre extrême. Masturbation, godemichet énorme, sodomies et sexes sous contraintes ou encore orgie, le programme est des plus alléchants !

Ricardo Barreiro n’en est pas à son premier scénario chroniqué ici. Nous avons déjà parlé du très bon Antre de la Terreur (avec Solano Lopez s’il vous plaît). Du coup, on a le droit à un scénario référencé, ici, le mythe de Cthulhu de HP Lovecraft en l’occurrence.

Je ne connais pas l’origine de ce fait, mais les nonnes font partie des fantaisies fétichistes communs et j’avoue que ça me fait toujours marrer. Alors, ici, je suis servi ! Et il faut bien avouer que les auteurs se font plaisir à montrer comment le diable se plaît à forniquer les bigottes de la plus rude manière.

Dans ces pages, la baise est sauvage, rude et violente. Porté par le dessin de Noé, le récit est des plus excitants. Les couleurs chaudes et le trait sans faille emportent le lecteur au plus près de ces ébats démoniaques.

Si vous avez un minimum de culture chrétienne, vous percevrez le blasphème et apprécierez davantage ce titre, qui, de ce fait, a été censuré au Canada. Dans tous les cas, j’ai adoré la pornographie brûlante et le stupre que dégagent ces pages !

– Vois comme la fente de la mère supérieure est ouverte et juteuse… Tu aimerais y mettre la langue, hein ?

(Version lue DYNAMITE Collection Canicule – disponible chez BD Adultes)

Esmera de Vince et Zep

Zep est l’auteur à succès de la Bande Dessinée française connu pour son personnage de gamin insupportable, Titeuf, mais surtout pour ce qui nous intéresse ici, Happy Sex. Cet album aurait relancé l’intérêt de la BD adulte pour les éditeurs…

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En bref, Esmera nous confie le récit de sa vie depuis l’internat de son adolescence et la découverte de la sexualité jusqu’à ses 35 ans ou 70, c’est à vous de voir…

Je dois commencer par un Mea Culpa. Zep n’est pas qu’un bon auteur de gags pour le jeune public. C’est aussi un bon scénariste. Esmera m’a complètement surpris. Le lecteur n’est pas pris pour un demeuré et le récit est maîtrisé. Il y a un twist majeur. Je ne spoilerai que les amateurs de Rumiko Takahashi en révélant que l’histoire d’Esmera est celle de Ranma 1/2 avec du sexe, l’humour en moins.

J’ai pu discuter quelques instants avec Vince lors d’une dédicace. En plus d’être un homme charmant, il a su apporter son trait délicat et racé pour porter le récit en rendant l’héroïne craquante. L’érotisme évident et vibrant de son dessin est un point fort indéniable de cet album.

L’histoire offre un très bon moment entre l’Italie conservatrice et religieuse, le Paris étudiant et politique de Mai 68, les excès d’Ibiza, etc. Le tout est, comme souvent, un parcours où le personnage central doit apprendre à s’assumer et vivre sa vie en accord avec lui-même.

De plus, on peut y voir une métaphore sur le tabou de la bisexualité qui est un thème assez contemporain. La place des sentiments trop souvent zappés dans les BD érotiques implique le lecteur et cadre à la quête de l’identité de l’héroïne.

Zep, Vince, vous nous refaites un titre comme ça quand vous voulez ! Merci d’avance ! C’est un de ces titres que les jeunes ado trouveront dans la bibliothèque de leurs parents et y découvriront la sensualité, tout comme j’ai pu le faire avec le Déclic.

– Ce chanteur anglais ne savait pas que le LSD pouvait faire mal au cul…

(Version lue Glénat)

Rêve Ecarlate de Saeki Toshio

On a déjà parlé du grand Saeki Toshio pour Onikage il y a fort longtemps !

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En bref, les Editions Cornélius ont le courage de lancer une anthologie autour de l’oeuvre de Saeki Toshio, maître de l’Ero-Guro. Ce volume correspond aux illustrations des années 70-72.

Alors qu’est ce que l’oeuvre de Saeki Toshio ? En digne héritier des maîtres de l’estampe nippone, l’artiste développe des illustrations qui possédent une grande puissance graphique autour de thèmes le plus souvent violents, sexués et parfois typiquement japonais avec le folklore des yokaï et autres fantômes ou créatures magiques.

Volontairement choquant et graphiquement grotesque, le dessin ne laisse pas insensible. L’absurde, élément permanent, laisse peu à peu place à une poésie particulière qui ne parlera pas (et c’est regrettable) à la plupart.

On peut y voir beaucoup de symboles et d’interprétations. Un des thèmes les plus récurrents reste la jeunesse face à ses aînés qui la pervertissent et la brutalisent. On peut y voir aussi la tension amoureuse et sexuelle où l’amant(e) est isolée dans ses fantasmes.

Rajoutez à ça des couleurs pop dignes de Peellaert et vous avez un objet instantanément culte que vous présenterez avec enthousiasme à vos convives et ceux-ci douteront tout de suite de l’état de votre santé mentale.

(Version lue Cornelius)