La Perfection Chrétienne de Georges Pichard

Nous avons évoqué Pichard à de nombreuses reprises, pas assez…

En bref, en s’appuyant sur des cantiques ou des représentations bibliques, Pichard détourne ou plutôt passe les sermons à la moulinette. Il en ressort une série de planches inédites à ce jour, où la passion chrétienne prend un tout autre sens.

L’ouvrage est intelligent et décontenancera beaucoup de lecteurs avides de sensations, certes présentes dans ses pages. La connotation religieuse omniprésente refroidira la plupart. Les derniers savoureront un moment purement transgressif, avec un niveau de perversion rare.

Certes, la représentation est essentiellement axée sur la torture ou l’entrave de jeunes femmes. C’est surtout la douleur et la dévotion physiques et mentales qui placent le rapport religieux du dévot en rapport sadomasochiste ultime.

Et le trait de Pichard est certainement le seul qui permet cette transfiguration.

Si vous connaissez la religion chrétienne et qu’une oeuvre adulte ambitieuse ne vous effraie pas, procurez-vous cet album de toute urgence !

– On n’exige pas de vous maintenant que vous désiriez les injures et les affronts, ni que vous les recherchiez avec ardeur, ou que vous les receviez avec joie. C’est un degré de perfection encore trop difficile et trop élevé pour vous, on demande seulement que vous soyez dans la disposition de souffrir patiemment.

(Version lue Glénat)

Blanche Epiphanie 1 & 2 de Lob et Pichard

Association d’un des plus grands dessinateurs français, Georges Pichard, avec le seul scénariste récompensé à Angoulême, Blanche Epiphanie est un classique de la BD.

En bref, Blanche, une pauvre jeune fille est porteuse de chèques pour un banquier horrible Adolphus qui la harcèle. Débutant dans le Paris fin 19e – début 20e, les aventures de Blanche sont rocambolesques avec ses personnages et ses lieux insolites.

Hommage aux feuilletons populaires, Blanche Epiphanie a tout du récit d’aventures tel que les romans de Dumas ou la série des Fantomas. L’héroïne est sexy et candide, elle a un chevalier servant un tantinet ridicule et ses ennemis sont caricaturaux.

Si le ton est plus sexy et dénudé, on reste dans un érotisme léger et  aventurier, du pulp à la française. Lob Pichard Blanche Epiphanie T2 CouvDépaysement, humour et action sont au rendez-vous. Les 2 premiers tomes vous amèneront en Arabie, en Afrique et en Amérique.

A la lecture, on sent la jubilation des auteurs à martyriser Blanche, à la sauver et à la jeter à nouveau dans les griffes d’un nouveau prédateur. Et que dire de Défendar, ce super héros d’opérette maladroit ?

Commencée dans les années 60, la série est un classique, destinée à un public plus adulte, ce qui en faisait un OVNI à l’époque. Et plus de 30 ans après la fin de ses aventures, Blanche Epiphanie reste une lecture fraîche et plaisante.

– A nos amours, Blanche ! Elles seront tumultueuses, je le sens, et ce n’est pas pour me déplaire ! Hin ! Hin !

(Version lue La Musardine)

L’enquêteuse de Georges Pichard

Dernière œuvre parue de Georges Pichard, après son décès en 2003.

Enqueteuse Pichard CouvEn bref, Clorinde, sorte de « punkette » à piercings court vétue, est chargée par l’agence de détectives « International Pornibus » de retrouver la trace de l’épouse d’un riche homme d’affaires.

De la visite des endroits sordides de la capitale à un « purgatoire » auvergnat, notre héroïne va visiter du pays. Désinvolte et n’ayant pas froid aux yeux, elle découvrira ce que cache cette affaire non sans avoir donné de sa personne.

On retient tout d’abord le trait si particulier de Pichard qui met une ambiance sombre et crasseuse. Ensuite le langage de ses personnages nous plonge dans une France de la rue avec son argot et ses tournures de phrases. Et enfin (et certainement le plus important) la cruauté des sévices et la perversion ultime des situations sont extrêmement marquantes.

Les premières pages donnent le ton. Le récit tourne autour de séances sadomasochistes aux limites repoussées. Les corps sont désarticulés, fouettés, martyrisés. La douleur, certes pas exprimée par les « esclaves », parcourt le lecteur.

Partant des bas fonds parisiens, Pichard transforme son récit en critique religieuse jusque-boutiste. La lecture n’est pas aisée, mais donne un éventail large de sexualité à la « bonne franquette » jusque la torture et la cruauté absolues.

– Il ne lisait que des B.D. ca ne m’étonne pas de lui ! … et c’est rien que du cul !

(Version lue Dynamite Editions Collection Canicule)

Carmen de Georges Pichard

Auteur Français majeur pour la Bande Dessinée Adulte, nous avons parlé de Pichard ici précédemment.

Carmen Pichard CouvEn bref, Carmen est une bohémienne rouleuse de cigares. Suite à une embrouille avec une de ses collègues, elle est sauvée de la prison par Don José, un soldat qui tombe sous son charme. L’histoire est connue puisque la nouvelle de Prosper Mérimée inspirera l’opéra du même nom de Bizet.

De la séduction, en passant par la légèreté de la cuisse jusqu’à l’amour fou et dévorant, Don José va être le jouet de Carmen. Les sentiments du soldat sont mis à rude épreuve et sa fierté maintes fois piétinée lui fait goûter l’amertume de la jalousie et la folie à laquelle elle mène.

Sans être l’ouvrage le plus érotique de Pichard, le thème moderne de la femme forte et libérée qu’est Carmen ne peut que retenir notre attention. Sa sensualité débridée qu’elle contrôle parfaitement fait qu’elle a tous les hommes à ses pieds. Elle est en avance sur son temps. Don José est amoureux d’elle, mais, dans son égoïsme, il ne sait que la retenir près d’elle. Et le lecteur ne peut lui aussi qu’être tenté par ses charmes et son regard.

Tout ici nous mène au drame, ce qui constitue en soi toujours une leçon pour tous les hommes, mais aussi pour les femmes dont les hommes ne sont que des jouets pour Mérimée.

– Ah ! Tu es jaloux ! Tant pis pour toi. Ne vois tu pas que je t’aime puisque je ne t’ai jamais demandé d’argent ?

(Version lue Le Square – Albin Michel)

La Comtesse Rouge de Georges Pichard

Georges Pichard pourrait être nommé parrain des auteurs de BD érotiques (ou pour adultes) français.

En bref, La Comtesse Erzsebet Bathory amène à son château un jeune homme épris d’elle. Celui-ci va découvrir ce que cache la beauté de l’aristocrate.

S’appuyant sur le folklore caucasien, au même titre que le Vlad l’Empaleur qui inspira Dracula, la BD montre les atrocités commises par la comtesse qui inspira an partie le mythe du Vampire, éternellement jeune et mortellement séduisante.

Et Pichard réussit merveilleusement à illustrer le charme envoutant de Bathory. Le dessin la rend attirante et dangereuse. Le personnage est aussi fascinant que décrit. Malgré tout le ton du texte amène une certaine distance, notamment pour les scènes de torture très statiques, proche de tableaux.

Mais nous sommes plongés dans un récit classique à la Bram Stoker (référence évidente) et le tout a tout de même une aura bien particulière qui mérite sa lecture.

– La fréquentation d’une femme libre et intelligente forme un jeune homme mieux que dix professeurs.

(Version lue Dominique Leroy Editions – Ebook)