Les Femmes de Leone Frollo

Frollo est un dessinateur vénitien, auteur de classiques tels que Casino et Mona Street.

En bref, il fallait bien un artbook reprenant l’art de Leone Frollo. Le recueil d’illustrations est en couleurs, ce qui n’est pas le cas de ses albums.

On ne peut pas nier la variété des femmes qui sortent des crayons et pinceaux du « Maître du Rialto ». Tantôt fines et élancées, puis plantureuses, ses filles ont toutes une touche d’élégance indéniable avec des coiffures impeccables, des sous-vêtements affriolants dans des poses suggestives et naturelles.

Ce qu’on peut lui reprocher, c’est tout de même de faire de l’érotisme à papa. Malgré un amour sans borne pour la femme, son corps et toute l’énergie qu’elle dégage, le tout est extrêmement classique et bourgeois.

Ses femmes sont chics, voyez comme il les habille pour mieux les dévoiler. Elles sont charmeuses, peu de dessinateurs peuvent créer cette étincelle dans le regard. On se sent observé. Quand les yeux sont fermés, c’est pour mieux être relâchée dans l’abandon. Chaque dessin amène une situation que chacun peut comprendre et s’approprier.

Et le bougre a un talent rare pour, en quelques lignes, provoquer une réelle émotion, un émoi rare qui flatte l’œil, titille le cervelet et agite le pantalon. Une sensualité sophistiquée et chic qui ne laisse jamais indifférent !

(Version lue Lo Scarabeo)

Sex In Italy 3+4 de Luca Tarlazzi

Qu’il est bon de retrouver le couple le plus pervers d’Italie sous la plume de Tarlazzi !

En bref, Serena et son mec, Marco, à la coiffure improbable reviennent pour leurs ultimes aventures ! La blonde est toujours aussi nymphomane et son type particulièrement préteur !

Les histoires sont courtes comme pour les volumes 1 et 2 (réédités en 1 tome pour l’occasion). Donc on a pas le temps de s’ennuyer.

Il faut reconnaître un vrai savoir-faire à Tarlazzi. Son héroïne est bandante à souhait, les situations sont drôles et bien traitées. Il est un digne représentant de « l’école Italienne » des années 90 (avec Casotto entre autres) qui était publiée chez Selen à l’époque (d’où les nombreuses références dans les cases).

Le fantasme du couple totalement libéré et libertin est ici bien exploité. Qui n’a jamais rêvé que la blonde reluquée dans une soirée soit une femme qui s’assume et vous propose une fin de soirée heureuse ? Elle ne refuse rien et propose même de l’inédit. Il est intéressant de constater aussi quelques regards extérieurs. On sent le jugement de la société sur les jeux libertins et leur rejet sans recul.

Bref, on a ici un parfait exemple de la pornographie sur papier avec dessin léché, scénario « crédible » et une vraie envie de satisfaire le lecteur. On en a pour notre argent ! Du cul, du stupre, du désir ! La recette est au fond assez simple et efficace !

 – Le premier qui réussira à capturer une marmotte se verra offrir … Mon délicieux petit cul !

(Version lue DYNAMITE – Collection Canicule)

Intégrale Anita de Guido Crepax

La sortie de l’intégrale Anita par Delcourt est l’occasion ultime de revenir sur ce monument de la Bande Dessinée érotique.

Guido Crepax Integrale Anita CouvEn bref, cette intégrale réunit les 4 albums dont Anita est l’héroïne. Les 3 premiers ont été chroniqués plus tôt : Anita, Hello Anita et Anita en direct. Intéressons nous donc à l’inédit Anita en Couleurs dont c’est la première publication française.

Anita est nue devant sa télé, bien décidée à profiter des programmes de la centaine de chaînes à sa disposition. Les héros de tout ce qu’elle regarde viennent la harceler, la taquiner, la toucher. Et c’est bientôt le chaos…

Un titre de Crepax, c’est souvent une épreuve surtout dans ses projets personnels, Valentina et Anita. Ces titres réunissent tout le talent de mise en page, mais surtout proposent des œuvres uniques qui ne se prêtent qu’au format de la Bande Dessinée. Le résultat est souvent une BD un peu compliquée à lire, mais tout à fait unique. L’expérience que propose Crepax, vous ne la trouverez nulle part ailleurs.

Les corps sont longilignes, tendus. La volupté transpire dans chaque planche. La séance de masturbation de l’héroïne est enivrante. Le lecteur partage ses fantaisies au fur et à mesure qu’elle appuie sur sa télécommande.

On peut sentir le délire psychédélique dans Anita. Le trip sous acide est certainement ce qu’il y a de plus proche. L’héroïne fantasme, délire et hallucine. Où est la réalité ? Mais la réponse d’Anita n’est elle pas de s’en fiche et de vivre sa fantaisie ?

Pur produit de son temps, l’intégrale Anita est aussi l’occasion pour Crepax de livrer son regard sur son époque, la technologie, mais aussi livrer son inspiration et rendre des hommages (voire des placements de ses propres productions, cf Dracula). Un bijou que les collectionneurs chériront longtemps !

– Ferrari, Williams, Alfa Roméo, Mc Laren, Béatrice, Minardi, ne donnent pas le bonheur …

– Je le sais… Je le sais, Amanda… Je n’étais à la recherche que d’un plaisir passager… Mais tu dois me ramener Johnny… Il sait me toucher de façon si irrésistible ! Oh… OH !!

(Version lue Delcourt Erotix) (planches issues de Anita 1)

Trans/Est de Roberto Baldazzini

On a déjà parlé à maintes reprises des oeuvres de Roberto Baldazzini. Tous ses titres érotiques majeurs ayant été publiés, c’est peut-être la dernière chronique sur cet artiste immense.

Baldazzini Trans Est Couv

En bref, 2 pays, la Lusitanie et l’Estlandie, se livrent une guerre sans merci. En Lusitanie, Marthe complète son entrainement de dominatrice pour partir espionner en territoire ennemi. Elle est parachutée sur place, une fois sa formation complétée et sa greffe de pénis effectuée…

Trans/Est est la première BD ouvertement érotique de Baldazzini, auteur cher pour l’Erotographe. On retrouve dans ce monde bipolaire les obsessions qui éclateront dans CasaHowhard, la confusion des genres, les jeux sadomasochistes, le fétichisme, mais aussi un univers complètement tourné vers le sexe, comme façon de vivre et comme arme de guerre.

Le récit rend largement hommage aux soaps fantastiques tels que Flash Gordon et aux pulps d’espionnage. Le tout baigne dans une bizarrerie (parfois absurde et grotesque)  dans laquelle Baldazzini adore plonger ses lecteurs. Hommes, femmes semblent être des concepts dépassés, ainsi que la sexualité consensuelle. Dans ses pages, ca claque, suce, sodomise, et le plus souvent avec une inversion des standards.

La ligne claire de l’auteur a ici un trait épais et gras, donnant une noirceur aux planches, mais qui dégage beaucoup de noblesse. On voit déjà une grande créativité dans les situations, notamment les scènes SM. On peut y voir un hommage à Stanton, mais ici l’élève modernise le propos et, à mon humble avis, dépasse le maître.

L’édition française de cette Bande Dessinées de 1994 est riche d’un port folio campant bien l’univers rétro futuriste Lusitanien et une postface assurée par Christophe Bier qui brosse un portrait intelligent de l’oeuvre de Baldazzini. Serious Publishing mérite son nom !

– Je ne sais plus quoi faire. Elle aime le fouet, le clystère, la verge cloutée… On a tout essaye ! Elle est en rut !

(Version lue Serious Publishing)

Anima de Serpieri

Paolo Eleuteri Serpieri revient avec ce qu’on peut considérer comme le tome 0 de la saga Druuna.

Serpieri Anima CouvEn bref, une blonde aux formes généreuses se réveille dans un monde sauvage et menaçant.

Anima est un exercice de style. La Bande Dessinée est complètement muette. L’enchaînement des scènes a peu de logique, mais on retrouve beaucoup de l’univers de Druuna, des personnages, des lieux, des situations. Le lecteur se sent à la fois à l’aise et complètement perdu en se demandant ce qu’il est entrain de lire.

Les pages sont pleines de symboles, et évidemment les fesses de l’héroïne sont à l’honneur. Mais l’impression reste que c’est l’oeuvre d’un vieux monsieur qui se fait plaisir et essaie de contenter ses fans.

On a le droit à quelques scènes chaudes, plus proches de l’érotisme que de la pornographie rude de la série. Et il est intéressant de voir les couleurs des personnages refléter leur appétit sexuel qui rappelle l’étrange épidémie.

L’objet est clairement destiné aux fans qui veulent une bibliothèque complète, avec un bonus particulièrement sympathique !

(Version lue Glénat)

Les Aventures de Cicciolina par Filippucci – Romanini – Abuldi

Star emblématique de la culture pornographique des années 80, Ilona Staller, connue sous le nom de La Cicciolina a eu le droit à une Bande Dessinée retraçant sa vie, enfin plutôt à une vision fantasmée de sa vie !

Cicciolina Couv

En bref, les Dieux de l’Olympe s’accordent pour dire qu’il manque une déesse du sexe et de l’érotisme. Cupidon file sur Terre pour épauler la nouvelle championne du sexe, la future Cicciolina. De sa prime jeunesse et ses premiers émois masturbatoires à son affirmation en tant que déesse de la paix par le sexe, rien ne sera épargné au lecteur. Car le monde va mal, une organisation maléfique a pour objectif de réduire la libido du monde à néant !

On nage dans la fantaisie légère avec cette BD. La Cicciolina est fidèle à l’image que j’en gardais, une star du X volontiers exhibitionniste avec cette douce rêverie que le sexe peut régler tous les problèmes de l’humanité. On a forcément envie d’y croire, c’est tout de même mieux que toutes les conneries qu’on peut entendre.

C’est une Bande Dessinée qui porte bien son époque, la fin des années 80 – début 90, une vague histoire mêlant conspiration, espionnage, dieux grecs et sexe libérateur, bref une histoire un peu folle. On y croit jamais et on attend que la Cicciolina soit telle qu’on la connait, c’est-à-dire nue et en pleine action. Et c’est un peu fade en ce sens.

L’action et les expressions sont figées, malgré un trait lisse et épais que j’affectionne (dans une veine pas si éloignée de Magnus, mais c’est trop flatteur). Et le sujet reste tout de même assez bête, sans éveiller de passion particulière.

On comprend pourquoi il n’y a jamais eu de suites aux « trépidantes » aventures de la Cicciolina. Les amateurs de l’ex-épouse de Jeff KOONS apprécieront ce titre, les autres seront curieux et le reposeront bien vite.

– Combats-moi dans ton lit, piège-moi sur l’oreiller ! Je serai ta proie ou ta prédatrice, comme tu veux… L’égoïsme, l’arrivisme, n’apportent que la violence et la douleur. Le sexe nous rend un peu moins bêtes, un peu plus anges… Fais-moi voler, je suis l’amour !

(Version lue Encyclopédie de la Bande Dessinée Erotique Tome 10, disponible chez DYNAMITE collection petits Pétards)

Profession Esclave de Morale et Tulli

Il est temps de reprendre le rythme des articles et quoi de mieux qu’un bon vieux titre de fesses, une BD qui veut soulever le colosse ou mouiller son body (oui, j’ai dit body).

Rien à dire sur le duo Morale-Tulli, ils ont produit un autre titre La Divine…

Morale Tulli Profession Esclave Couv

En bref, à chaque fois que Candy, une blonde sculpturale, se jette sauvagement sur un homme celui-ci est retrouvé assassiné le lendemain. La belle apprécie le sexe violent et les jeux sadiques. Ses amants fortunés de passage sont, eux, assassinés de manière effroyable. Il n’en faut pas davantage pour que la police ne la suive…

Porno chic et choc, Profession Esclave veut vous donner des sensations fortes, à la manière d’un Giallo, ces films italiens ancêtres des slashers movies. Du cul, du sang, des sodomies et de la soumission bien rassurante pour la gente masculine sont les ingrédients de ce cocktail fort sucré.

Avec un trait noir et bien foutu, le lecteur a ce qu’il veut, une émotion transgressive qui flatte ses attentes machistes. Ne le cachons pas, je vois mal une femme apprécier cette lecture.

Candy est ce bonbon improbable, cette salope parfaite, celle qui veut faire gicler et qui adore se faire défoncer la rondelle. Elle n’existe pas, mais sur le papier c’est acceptable. Et les personnages masculins, eux aussi, sont parfaits. Ils bandent comme des taureaux et font d’excellentes victimes ensuite (les salauds, ils l’ont baisée !).

Parfait outil masturbatoire, Profession Esclave est un divertissement typique pour nous les hommes qui en voudraient plus, mais, finalement, restent en missionnaire.

– Dis-moi que tu m’enculeras jusqu’au sang, que tu seras mon maître…

(Version lue Editions International Press Magazine – épuisé)

Giovannissima T3 de Giovanna Casotto

Giovanna Casotto fait partie du petit cercle des grands noms de la Bande Dessinée Érotique. Son style est reconnaissable et ses histoires toujours croustillantes. Mais voilà, on en parle déjà pour la 6e fois.

Casotto Giovannissima T3 CouvEn bref, Casotto est en mode automatique et nous abreuve de récits courts pleins de fantaisies et de fétichisme.

Giovanna, je ne vais pas m’éterniser, j’ai déjà évoqué tes qualités et pourquoi tu es importante dans le « milieu ». Tes histoires courtes sont mignonnes, mais il est où ton album (ou même un récit) long où tu prendrais le temps de développer un réel personnage ? En fait, dans ce volume, j’ai vraiment eu un sentiment de répétition et donc de lassitude. Même en étant brève, on peut réussir à lasser. Voilà, tu tournes en rond et tes pieds ou ton pubis poilu ne me font plus ronronner de plaisir.

Comme souvent, ton dessin peut être magnifique, mais aussi très imprécis, notamment dans les visages. Et je ne parle pas des couleurs (voir l’extrait ci-dessous) qui sont juste moches.

Restons bons amis, Giovanna. Mais arrêtons-nous là !

– Ohhhh ! Défonce-moi la tombe !!

(Version lue DYNAMITE – disponible sur BD-Adultes)

Les Fleurs du Mal de Baudelaire par Liberatore

Tanino Liberatore fait partie de ces artistes trop rares. Connu essentiellement pour RanXerox, il n’a produit que très peu de titres, préférant s’ouvrir au cinéma et à la peinture.

501 LES FLEURS DU MAL[LIV].inddEn bref, tout comme pour les Onze Mille Verges, Liberatore a choisi d’illustrer 29 poèmes du chef d’oeuvre de la poésie, les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Le projet est ambitieux et attire la curiosité.

Loin d’être un grand connaisseur de la poésie romantique du 19e siècle, il me reste néanmoins ce que tout élève a appris. C’est certainement la raison pour laquelle le recueil commence par l’Albatros.

Il est intéressant de voir le jeu entre la lecture du poème et son illustration, comme un aller-retour qui s’enrichit à chaque trajet. La lecture de ce livre somptueux touche l’âme doublement, invitant à la réflexion et à la contemplation.

Les textes sont mis en valeur par des dessins d’exception, intenses et inspirés. La couverture suffit à se faire une idée concrète, un regard féminin mystérieux et une paire de mains hors d’âge pour un contraste saisissant.

L’intérieur de l’ouvrage vous permettra de révéler des doubles (voire même des quadruples) pages d’illustrations à couper le souffle. Technicien hors-pair, Liberatore nous montre son talent avec une facilité qui laisse sans souffle.

On retourne feuilleter ces pages les jours de spleen ou tout simplement pour se sentir inspiré, poussé par des hommes au talent énorme et atemporel.

(Version lue Glénat)

 

Les Bêtes de Black City de Lorenzo Nuti et Marco Rastrelli

Au début de ce qui s’appelait à l’époque BDérotique, j’ai été invité par TABOU Editions à venir au Salon d’Angoulême. A cette occasion, j’ai rencontré Lorenzo Nuti, le dessinateur, pour une interview qui a finalement été faite par emails avec le scénariste Marco Rastrelli. Après un article sur le premier volume, je vous propose de voir la trilogie dans son ensemble.

Rastrelli Nuti Betes de Black City CouvEn bref, trois prostitués sont les reines de la maison Devereaux, un saloon à Black City, dans le Far West. Chacune a sa spécialité. Jodie est blonde, bourgeoise et se révèle être une salope affamée. Enna, la rousse irlandaise, est une joueuse de Poker insatiable. Et enfin Eloïse, à la peau noire, sait chanter et faire profiter des talents de ses cordes vocales. Alors qu’elles accordent leurs charmes à 4 militaires convoyant un sacré magot, ceux-ci les agressent sauvagement et les défigurent. Elles décident de se venger…

3 tomes autour de leur vengeance, 4 malfrats sans foi, ni lois à éliminer sont au programme de ce western noir et sanglant qui fait la part belle à la sauvagerie d’une époque rude. On est loin d’un Lucky Luke et on se rapproche davantage d’un Tarantino qui ne se lâcherait pas que sur la violence, mais rajouterait une dose de sexe bien amené. Le Western à la Sergio Leone semble être tout de même l’inspiration la plus importante.

Les Anges deviennent les Bêtes pour prendre leur revanche. Leur plan est simple, retrouver leurs bourreaux et les exécuter, leur faire payer au plus haut prix, leur ôter la vie, les châtier. Tout en usant évidemment de leurs atouts, elles vont mettre leur plan en action. La folie de cette époque transpire dans les pages de cette trilogie et il faut rendre hommage au travail remarquable, notamment sur l’usage des couleurs de Nuti.

Ce même travail se retrouve superbement sur les couvertures dignes d’affiches de films, tendance que l’on retrouve dans la mise en scène des cases. Le scénario n’est pas en reste. Si les 2 premiers volumes sont relativement linéaires, le troisième montre une réelle volonté d’interpeller le lecteur avec sa narration inversée.

C’est enfin le croisement subtil d’une vraie BD porno avec une histoire, des sentiments et une recherche narrative. Les héroïnes manquent peut-être de relief, mais l’histoire se lit sans difficulté et livre un réel bon moment. Et, par contre, les « méchants » sont délicieux ! Soyez juste un peu fan de Western (comme moi).

– J’ai eu ma part de jouissance à vous voir battues, torturées et violées !

(Version lue TABOU EDITIONS – disponibles chez BD-Adultes)