Intégrale Anita de Guido Crepax

La sortie de l’intégrale Anita par Delcourt est l’occasion ultime de revenir sur ce monument de la Bande Dessinée érotique.

Guido Crepax Integrale Anita CouvEn bref, cette intégrale réunit les 4 albums dont Anita est l’héroïne. Les 3 premiers ont été chroniqués plus tôt : Anita, Hello Anita et Anita en direct. Intéressons nous donc à l’inédit Anita en Couleurs dont c’est la première publication française. Continuer la lecture

Valentina Pirate de Guido Crepax

Nous avons déjà parlé de Guido Crepax et aussi de Valentina.

En bref, Valentina finit la lecture d’un conte de Science-Fiction de l’Astronef Pirate à son fils Mattia. Celui-ci en veut davantage, Valentina lui dit que l’histoire continue dans ses rêves.

La saga Valentina est ardu à suivre, même Crepax semble s’y perdre dans l’interview qui précède l’histoire. Mais l’effort est louable pour réussir à comprendre ce personnage. Continuer la lecture

Hello Anita de Guido Crepax

Dernier volet de la trilogie d’Anita, Crepax dépeint les relations obscures d’Anita avec son téléphone, après avoir traité la télévision et l’informatique.

En bref, Anita est une jeune femme de son époque seule face à la technologie et son imagination. Après une télévision très envahissante, la voici aux prises avec son téléphone. Pour l’aider à résister à ce démon, Valentina fera quelques apparitions. Continuer la lecture

Histoire d’Une Histoire de Guido Crepax

Guido Crepax fait partie des chouchous de BDérotique.

histoire-d-une-histoire CouvEn bref, une femme prend plusieurs identités pour vivre plusieurs histoires et multiplier ses amants, tout aussi imaginaires. Ainsi ce sont 3 femmes que nous suivons Claudia, Valentina et Virginia. Toutes ont une identité graphique, mais aussi des comportements et des spécialités.  Mais ce n’est pas suffisant.

Et donc, comme souvent dans les BDs de Crepax (notamment les Anita) on se sent perdu, on perd pied. Et la sensation est délicate. On doit perdre pied et pénétrer la folie des personnages, se mettre à leur niveau et comprendre leur délire.

C’est aussi un de ses albums les plus extrêmes, le sexe est complètement délirant. Les pratiques décomplexées de la masturbation, fellation, et autres sont complétées par des exercices périlleux de coquetier humain, d’urologie, etc. L’obscénité touche au grotesque, la folie est permanente. Les jeux deviennent dangereux avec une arme de poing et des foulards enroulés autour du cou.

Le lecteur « 1er degré » risque d’être fort déçu par ce récit sans queue ni tête. Et Crepax, certainement conscient du caractère abrupt de cette BD, fait dire à un personnage « Avec l’imagination, tout est possible, non? N’avez vous pas entendu parler de surréalisme? »

Encore une fois, malgré des débordements déstabilisants, Crepax tape dans le mille et livre une œuvre intelligente, un peu trop peut être. A lire! A lire! A lire !

– Reconnais que tu n’es pas insensible à la fascination de l’obscène !

(Version lue Albin Michel 1982 – épuisé)

Anita En Direct de Guido Crepax

Guido Crepax est l’auteur que je retiens le plus depuis l’ouverture du blog. Son style, sa construction de pages, sa sensualité très cérébrale sont uniques.

Guido Crepax Anita En Direct CouvEn bref, nous retrouvons notre belle héroïne quelques années après « Anita« . La situation a évolué. Elle ne subit plus les programmes TV, maintenant elle zappe.

Autant, auparavant, j’évoquais une forte similitude avec Vidédrome, autant c’est très différent. Le discours de la Bande Dessinée est peut être plus dur, la télévision n’étant là que pour apporter du plaisir au spectateur. Chaque personnage issu de la TV caresse Anita, elle est stimulée en permanence que ce soit un joueur de foot, le héros d’un soap, un pilote de F1, Dr Jekyll & Mr. Hyde, etc. La seule agression vient des pubs la harcelant, qui lui piquent le corps, laissent leur empreinte.

Le style de Crepax a évolué pour cet album, le rendant plus fouillis. La construction des pages, l’ordre des cases amène à lire la BD dans tous les sens. Comme Anita se déplaçant sur le sofa, le lecteur bouge la tête et le corps. L’auteur chercherait il à nous faire sentir notre corps, nous rapprocher davantage de son héroïne?

L’ultime Album d’Anita reste troublant et toujours actuel. Il est peut être un peu plus difficile d’approche que le premier. Et une dernière chose, amateurs de pornographie, passez votre chemin !

– Mais il ne s’en va pas ! Je n’arrive pas à changer de chaîne …

(Version lue Albin Michel 1988 – épuisé)

Anita de Guido Crepax

Lire un Crepax, c’est vouloir en lire d’autres, tous les autres. L’intensité dans son dessin est sans égal. Il ne faut pas passer à côté de ce grand artiste.

Guidi Crepax Anita CouvA l’heure actuelle (Février 2011), peu de ses albums sont disponibles, mais des rééditions sont dans les cartons (notamment chez Delcourt Erotix).  Et Anita sera du lot, j’en suis certain.

En bref, Anita est l’histoire d’une jeune femme et de sa télévision. Très proche de Vidéodrome de David Cronenberg, ces 2 oeuvres sont très similaires dans le thème. Certaines scènes de la BD pourrait sans problème figurer dans le film. Pour information, Anita été publié en 1974 et Vidéodrome n’a été visible qu’en 1982.

Anita s’ennuie devant sa TV quand, dans sa somnolence, une main vient la caresser. C’est le début d’une relation charnelle avec sa TV ou le programme qui passe, la précision n’est pas certaine. Alors que la réalité est brutale avec elle, ses collègues de travail cancanant sans son dos, son amant la quasi violant, la télévision est douce avec Anita. Elle la touche, la fait frémir, la comble. Qui est maître de ce jeu? Autant elle résiste au départ, elle s’abandonne de plus en plus.

L’héroïne est somptueuse. Ses mini-jupes et ses mi bas en laine, entre autres, lui vont à merveille. On retrouve tout de Crepax dans les cases, des corps très articulés, des regards troublants et expressifs et toujours cette façon d’exploser la page. A noter, il insère des pages entièrement gribouillées rappelant le zapping.

Pour ma part, hormis le rapport de la fascination de l’image et de son pouvoir (cf Vidéodrome), l’état dans lequel se trouve Anita devant sa TV est proche de la somnolence due au cannabis. La présence de fumée dans beaucoup de cases me fait penser que je suis loin d’avoir tort. Ca me conforte aussi dans l’acceptation qu’a Anita lors des « contacts ».

Une Bande Dessinée magnifique, qui trouble énormément et, malgré ses presque 40 ans, elle reste moderne. Du bonheur en cases!

– Qu’est-ce qu’il y connait, lui, … à la télévision?

(Version lue ALBIN MICHEL –  épuisé)

Histoire d’O de Guido Crepax

2e album lu de Guido Crepax. (voir Emmanuelle)

Histoire d’O est l’adaptation du livre de Pauline Réage, chef d’oeuvre de la littérature érotique et sadomasochiste plus particulièrement.

En bref, O. est une jeune femme parisienne libérée qui découvre l’univers sadomasochiste au travers de sa passion pour un homme. L’histoire se déroule en 2 parties distinctes : son initiation et une histoire quelques temps plus tard.

Crepax, comme pour Emmanuelle, fait un travail remarquable. Les scènes de domination qu’elle subit sont d’un réalisme pervers. Le fouet et les cravaches claquent, les regards s’alourdissent et espèrent. C’est un monde cruel et plein d’amour qu’il nous montre.

J’ai une nette préférence pour la première partie que j’ai trouvée particulièrement difficile pour les nerfs et délicieuse dans l’abandon et la confiance que ce genre de pratiques semblent imposer (selon moi). On est à des kilomètres du travail de John Willie. Ici peu de naïveté ou de candeur dans les personnages, beaucoup de calculs pour la protagoniste.

La seconde partie du récit couvre une histoire post initiatique. C’est le point faible de l’histoire. O., devenue sorte de maîtresse reconnue de tous, se fait « espionne » et manipulatrice. On peut penser ces 2 phases dans le récit sont les pendants sadomasochistes. Et donc que la 2e partie est la phase sadique. Je préfère y voir l’image de la femme forte que les années 60 ont amenée (avec notamment Emmanuelle que Crepax a aussi dessinée).

On retrouve d’ailleurs la même force dans le dessin et le traitement de la page et de son cadre. J’insiste beaucoup sur la qualité des jeux de regards de ses personnages. Son dessin des corps longilignes est troublant dans les poses. Tout l’abandon et la force des scènes sont parfois d’une brutalité sans fard.

Un récit, donc, à ne pas mettre entre toutes les mains. Mais une vraie émotion.

– Ne crois pas que tu sois libre maintenant, même si tu es libre de ne plus m’aimer et de me quitter immédiatement… SI TU M’AIMES, TU N’AS PLUS AUCUNE LIBERTE !

(Version lue Delcourt Erotix)

Emmanuelle de Guido Crepax

Guido Crepax est un des maestro italiens de la Bande Dessinée érotique.

EMMANUELLE - C1C4.inddEmmanuelle est l’adaptation du livre d’Emmanuelle Arsan qui a, bien entendu, donné le film érotique le plus connu.

En bref, Emmanuelle est l’histoire d’une jeune femme mariée se livrant à toutes les découvertes les plus sensuelles en extrême Orient.

Bien plus intelligent dans son cadrage que Manara, chaque planche fait l’objet d’une attention toute particulière, ce qui fait que la BD reste très moderne. Le cadre s’attarde sur ces petits détails que l’on peut avoir vécu, un doigt glissé sous un vêtement, un téton jaillissant, une goutte de sueur, un changement dans le regard,etc. Son trait de dessin est assez unique. Les corps sont filiformes, les visages anguleux, mais tout provoque la tension.

Bien que l’on reste dans une représentation très temporelle (les années 70 sont très présentes dans le style vestimentaire notamment), les situations sont très bien rendues dans les regards et les attitudes. Je n’avais pas retenu ça du film à titre de comparaison.

Le tout est une sorte de leçon et d’appel à la sensualité et à la jouissance, couplé au cadre des années 70. On est dans l’ère de la libération de la Femme et des moeurs. C’est donc une oeuvre marquante dans l’érotisme et ses codes. On n’est plus dans la satisfaction du désir de l’homme, mais dans la révélation de la femme. Une oeuvre pour laisser de côté ses préjugés. Selon moi, c’est L’Erotisme avec un grand E. Déroutant, extrêmement charnel, moite et sensuel.

(version lue Delcourt Erotix)