Intégrale Anita de Guido Crepax

La sortie de l’intégrale Anita par Delcourt est l’occasion ultime de revenir sur ce monument de la Bande Dessinée érotique.

Guido Crepax Integrale Anita CouvEn bref, cette intégrale réunit les 4 albums dont Anita est l’héroïne. Les 3 premiers ont été chroniqués plus tôt : Anita, Hello Anita et Anita en direct. Intéressons nous donc à l’inédit Anita en Couleurs dont c’est la première publication française.

Anita est nue devant sa télé, bien décidée à profiter des programmes de la centaine de chaînes à sa disposition. Les héros de tout ce qu’elle regarde viennent la harceler, la taquiner, la toucher. Et c’est bientôt le chaos…

Un titre de Crepax, c’est souvent une épreuve surtout dans ses projets personnels, Valentina et Anita. Ces titres réunissent tout le talent de mise en page, mais surtout proposent des œuvres uniques qui ne se prêtent qu’au format de la Bande Dessinée. Le résultat est souvent une BD un peu compliquée à lire, mais tout à fait unique. L’expérience que propose Crepax, vous ne la trouverez nulle part ailleurs.

Les corps sont longilignes, tendus. La volupté transpire dans chaque planche. La séance de masturbation de l’héroïne est enivrante. Le lecteur partage ses fantaisies au fur et à mesure qu’elle appuie sur sa télécommande.

On peut sentir le délire psychédélique dans Anita. Le trip sous acide est certainement ce qu’il y a de plus proche. L’héroïne fantasme, délire et hallucine. Où est la réalité ? Mais la réponse d’Anita n’est elle pas de s’en fiche et de vivre sa fantaisie ?

Pur produit de son temps, l’intégrale Anita est aussi l’occasion pour Crepax de livrer son regard sur son époque, la technologie, mais aussi livrer son inspiration et rendre des hommages (voire des placements de ses propres productions, cf Dracula). Un bijou que les collectionneurs chériront longtemps !

– Ferrari, Williams, Alfa Roméo, Mc Laren, Béatrice, Minardi, ne donnent pas le bonheur …

– Je le sais… Je le sais, Amanda… Je n’étais à la recherche que d’un plaisir passager… Mais tu dois me ramener Johnny… Il sait me toucher de façon si irrésistible ! Oh… OH !!

(Version lue Delcourt Erotix) (planches issues de Anita 1)

Vénus à la Fourrure de Guido Crepax

Guido Crepax, bien connu de ce blog, adapte Léopold Sacher Masoch qui donnera son nom au masochisme.

En bref, Grégor est majordome de la belle et raffinée Wanda. Mais c’est bien plus qu’une simple relation d’employeur/employé. Grégor est l’esclave de Madame, son jouet sexuel selon des codes bien précis.

Grégor est fasciné, transi pour sa maitresse. Et elle sait parfaitement y faire. Wanda humile régulièrement son majordome à force de coups de cravache, d’exhibitions forcées et de soumissions variées. Le contraste entre la froideur de Wanda et la passion palpable de Grégor est certainement le coeur de l’oeuvre. Mais il faut aussi évoquer l’étrange contrat qui les lie…

A priori, sans avoir lu le livre, Crepax prend quelques libertés et omet plusieurs points. N’attendez donc pas une adaptation fidèle. Cependant, c’est une Bande Dessinée de très grande qualité. Si Histoires d’O et Justine, autres adaptations de Crepax, étaient déjà des histoires de sado-masochisme, « La Vénus à la Fourrure » est bien différent. Dans ces pages, il y a peu d’égarements scénaristiques inutiles. En se concentrant quasi-uniquement sur des scènes sexuelles, Crepax parvient à transmettre les états d’âme des personnages et surtout les rendre crédibles avec une réelle psychologie.

Crepax est un auteur qui a fourni un travail d’une qualité constante, bien largement au-dessus de ses confrères. Foncez vous le procurer !

– Votre insolence est intolérable… Vous serez puni !

(Version lue Albin Michel rééditée par Delcourt Erotix)

Valentina Pirate de Guido Crepax

Nous avons déjà parlé de Guido Crepax et aussi de Valentina.

En bref, Valentina finit la lecture d’un conte de Science-Fiction de l’Astronef Pirate à son fils Mattia. Celui-ci en veut davantage, Valentina lui dit que l’histoire continue dans ses rêves.

La saga Valentina est ardu à suivre, même Crepax semble s’y perdre dans l’interview qui précède l’histoire. Mais l’effort est louable pour réussir à comprendre ce personnage.

Toujours avec un sens de la page riche et virevoltant, Crepax met cette fois son récit en couleurs pour ce qui est de la partie racontée. Mais la réalité de Valentina et Mattia, quant à elle, reste en noir et blanc.

Si le rêve poursuite l’histoire de base de l’Astronef Pirate et de son équipage, le rêveur est à chaque fois différent et chacun y met sa touche et sa fantaisie.

Plus sexy et nettement moins coquins que les autres volumes, Valentina Pirate est un très beau classique et les petites histoires suivantes ont un charme indéniable.

(Version lue Dargaud – épuisé)

(Images issues de la version italienne)

Justine, d’après le Marquis de Sade, de Guido Crepax

On a découvert Crepax par ses adaptations rééditées par Delcourt, nous continuons donc avec Justine.

En bref, grand classique du Marquis de Sade, Crepax adpate les malheurs de Justine. Juliette et Justine sont 2 sœurs, très vite séparées. Elles prennent 2 chemins opposées, le vice et la luxure pour Juliette, la vertu pour Justine.

Crepax ne suit que Justine qui, pleine d’espoir et de ferveur religieuse, laisse son destin dériver au gré de ses rencontres. Elle sera abusée, violée, trompée, poussée à bout, mais jamais ne changera.

On reconnaîtra toujours à Crepax sa grande maîtrise des sens et des situations. La perversion des actes et la lascivité des tortionnaires sont à l’honneur. Justine est la parfaite victime du début jusqu’à la fin.

Si vous n’avez jamais lu Sade, ce premier contact est certainement le meilleur possible, car relativement soft. Attention, certains thèmes abordés restent forts.

Au final, la rencontre de 2 grands noms nous livre un bon moment de lecture mature, explicite et ne trahissant aucun des auteurs.

– Comme il est doux d’être l’esclave de son propre palefrenier !

(Version lue Delcourt Erotix)

Hello Anita de Guido Crepax

Dernier volet de la trilogie d’Anita, Crepax dépeint les relations obscures d’Anita avec son téléphone, après avoir traité la télévision et l’informatique.

En bref, Anita est une jeune femme de son époque seule face à la technologie et son imagination. Après une télévision très envahissante, la voici aux prises avec son téléphone. Pour l’aider à résister à ce démon, Valentina fera quelques apparitions.

Le corps longiligne d’Anita est mis a rude épreuve, mais bien pire encore c’est sa santé mentale qui bascule avec l’intrusion du téléphone dans sa vie. Son imagination lui fait rêver de relations avec des étrangers violents, un lézard ou encore un réparateur de téléphone violent, mais surtout avec elle-même.

Anita est une héroïne évoluant dans un monde moderne et plus de 30 ans après sa parution, la trilogie reste d’actualité. L’addiction aux nouvelles technologies aurait pu faire l’objet d’un tome.

Toujours plus sensuel et cérébral que tout autre auteur, Guido Crepax est l’auteur à lire et posséder. Son dessin et ses cases sont parmi les plus belles que l’on puisse voir.

– Maintenant, tu peux dormir tranquille, Anita… Et ne fais plus attention à tout ce qu’on te dit au téléphone !

(Version lue Chefs d’œuvre de la BD Erotique Tome 2 – Rombaldi Editeurs)

Valentina Assassine ? de Guido Crepax

Guido Crepax fait partie de ces auteurs à l’œuvre forte proposant un érotisme particulier, mais d’une force indéniable.

En bref, Valentina est un des personnages de Crepax, il y aussi Anita et Bianca, etc. « Assassine? » est le 4e volume des aventures de la belle brune, âgée de 33 ans, mariée et mère de famille .

Valentina ressemble physiquement à Louise Brooks, actrice qui a aussi inspiré Hugo Pratt pour un personnage de Fables de Venise. Ses aventures se placent entre fantasmes et réalité. Le lecteur perd ses repères.

Crepax est un passionné des fesses et il dévoile souvent son héroïne de dos. Si la BD semble datée sur les choix vestimentaires, elle reste résolument moderne avec une mise en page des plus dynamiques. On notera beaucoup de références et d’hommages dans cet album (Pravda, Charlotte Rampling dans « Portier de nuit« , Man Ray, Pichard, etc.), Cinéma et Bandes Dessinées sont les principales références de l’auteur. Le résultat peut être considéré comme psychédélique, mais terriblement enthousiasmant et intelligent.

Trop peu connu et peu réédité (quoique Delcourt réédite ses adaptations d’écrits érotiques majeurs), Crepax mérite toute l’attention des passionnés du genre et chaque collectionneur se doit d’en avoir dans sa bibliothèque !

– Lève les bras et écarte les jambes, ma chère… Et baisse ton collant !

(Version lue Futuropolis)

Histoire d’Une Histoire de Guido Crepax

Guido Crepax fait partie des chouchous de BDérotique.

histoire-d-une-histoire CouvEn bref, une femme prend plusieurs identités pour vivre plusieurs histoires et multiplier ses amants, tout aussi imaginaires. Ainsi ce sont 3 femmes que nous suivons Claudia, Valentina et Virginia. Toutes ont une identité graphique, mais aussi des comportements et des spécialités.  Mais ce n’est pas suffisant.

Et donc, comme souvent dans les BDs de Crepax (notamment les Anita) on se sent perdu, on perd pied. Et la sensation est délicate. On doit perdre pied et pénétrer la folie des personnages, se mettre à leur niveau et comprendre leur délire.

C’est aussi un de ses albums les plus extrêmes, le sexe est complètement délirant. Les pratiques décomplexées de la masturbation, fellation, et autres sont complétées par des exercices périlleux de coquetier humain, d’urologie, etc. L’obscénité touche au grotesque, la folie est permanente. Les jeux deviennent dangereux avec une arme de poing et des foulards enroulés autour du cou.

Le lecteur « 1er degré » risque d’être fort déçu par ce récit sans queue ni tête. Et Crepax, certainement conscient du caractère abrupt de cette BD, fait dire à un personnage « Avec l’imagination, tout est possible, non? N’avez vous pas entendu parler de surréalisme? »

Encore une fois, malgré des débordements déstabilisants, Crepax tape dans le mille et livre une œuvre intelligente, un peu trop peut être. A lire! A lire! A lire !

– Reconnais que tu n’es pas insensible à la fascination de l’obscène !

(Version lue Albin Michel 1982 – épuisé)

Anita En Direct de Guido Crepax

Guido Crepax est l’auteur que je retiens le plus depuis l’ouverture du blog. Son style, sa construction de pages, sa sensualité très cérébrale sont uniques.

Guido Crepax Anita En Direct CouvEn bref, nous retrouvons notre belle héroïne quelques années après « Anita« . La situation a évolué. Elle ne subit plus les programmes TV, maintenant elle zappe.

Autant, auparavant, j’évoquais une forte similitude avec Vidédrome, autant c’est très différent. Le discours de la Bande Dessinée est peut être plus dur, la télévision n’étant là que pour apporter du plaisir au spectateur. Chaque personnage issu de la TV caresse Anita, elle est stimulée en permanence que ce soit un joueur de foot, le héros d’un soap, un pilote de F1, Dr Jekyll & Mr. Hyde, etc. La seule agression vient des pubs la harcelant, qui lui piquent le corps, laissent leur empreinte.

Le style de Crepax a évolué pour cet album, le rendant plus fouillis. La construction des pages, l’ordre des cases amène à lire la BD dans tous les sens. Comme Anita se déplaçant sur le sofa, le lecteur bouge la tête et le corps. L’auteur chercherait il à nous faire sentir notre corps, nous rapprocher davantage de son héroïne?

L’ultime Album d’Anita reste troublant et toujours actuel. Il est peut être un peu plus difficile d’approche que le premier. Et une dernière chose, amateurs de pornographie, passez votre chemin !

– Mais il ne s’en va pas ! Je n’arrive pas à changer de chaîne …

(Version lue Albin Michel 1988 – épuisé)

Anita de Guido Crepax

Lire un Crepax, c’est vouloir en lire d’autres, tous les autres. L’intensité dans son dessin est sans égal. Il ne faut pas passer à côté de ce grand artiste.

Guidi Crepax Anita CouvA l’heure actuelle (Février 2011), peu de ses albums sont disponibles, mais des rééditions sont dans les cartons (notamment chez Delcourt Erotix).  Et Anita sera du lot, j’en suis certain.

En bref, Anita est l’histoire d’une jeune femme et de sa télévision. Très proche de Vidéodrome de David Cronenberg, ces 2 oeuvres sont très similaires dans le thème. Certaines scènes de la BD pourrait sans problème figurer dans le film. Pour information, Anita été publié en 1974 et Vidéodrome n’a été visible qu’en 1982.

Anita s’ennuie devant sa TV quand, dans sa somnolence, une main vient la caresser. C’est le début d’une relation charnelle avec sa TV ou le programme qui passe, la précision n’est pas certaine. Alors que la réalité est brutale avec elle, ses collègues de travail cancanant sans son dos, son amant la quasi violant, la télévision est douce avec Anita. Elle la touche, la fait frémir, la comble. Qui est maître de ce jeu? Autant elle résiste au départ, elle s’abandonne de plus en plus.

L’héroïne est somptueuse. Ses mini-jupes et ses mi bas en laine, entre autres, lui vont à merveille. On retrouve tout de Crepax dans les cases, des corps très articulés, des regards troublants et expressifs et toujours cette façon d’exploser la page. A noter, il insère des pages entièrement gribouillées rappelant le zapping.

Pour ma part, hormis le rapport de la fascination de l’image et de son pouvoir (cf Vidéodrome), l’état dans lequel se trouve Anita devant sa TV est proche de la somnolence due au cannabis. La présence de fumée dans beaucoup de cases me fait penser que je suis loin d’avoir tort. Ca me conforte aussi dans l’acceptation qu’a Anita lors des « contacts ».

Une Bande Dessinée magnifique, qui trouble énormément et, malgré ses presque 40 ans, elle reste moderne. Du bonheur en cases!

– Qu’est-ce qu’il y connait, lui, … à la télévision?

(Version lue ALBIN MICHEL –  épuisé)

Histoire d’O de Guido Crepax

2e album lu de Guido Crepax. (voir Emmanuelle)

Histoire d’O est l’adaptation du livre de Pauline Réage, chef d’oeuvre de la littérature érotique et sadomasochiste plus particulièrement.

En bref, O. est une jeune femme parisienne libérée qui découvre l’univers sadomasochiste au travers de sa passion pour un homme. L’histoire se déroule en 2 parties distinctes : son initiation et une histoire quelques temps plus tard.

Crepax, comme pour Emmanuelle, fait un travail remarquable. Les scènes de domination qu’elle subit sont d’un réalisme pervers. Le fouet et les cravaches claquent, les regards s’alourdissent et espèrent. C’est un monde cruel et plein d’amour qu’il nous montre.

J’ai une nette préférence pour la première partie que j’ai trouvée particulièrement difficile pour les nerfs et délicieuse dans l’abandon et la confiance que ce genre de pratiques semblent imposer (selon moi). On est à des kilomètres du travail de John Willie. Ici peu de naïveté ou de candeur dans les personnages, beaucoup de calculs pour la protagoniste.

La seconde partie du récit couvre une histoire post initiatique. C’est le point faible de l’histoire. O., devenue sorte de maîtresse reconnue de tous, se fait « espionne » et manipulatrice. On peut penser ces 2 phases dans le récit sont les pendants sadomasochistes. Et donc que la 2e partie est la phase sadique. Je préfère y voir l’image de la femme forte que les années 60 ont amenée (avec notamment Emmanuelle que Crepax a aussi dessinée).

On retrouve d’ailleurs la même force dans le dessin et le traitement de la page et de son cadre. J’insiste beaucoup sur la qualité des jeux de regards de ses personnages. Son dessin des corps longilignes est troublant dans les poses. Tout l’abandon et la force des scènes sont parfois d’une brutalité sans fard.

Un récit, donc, à ne pas mettre entre toutes les mains. Mais une vraie émotion.

– Ne crois pas que tu sois libre maintenant, même si tu es libre de ne plus m’aimer et de me quitter immédiatement… SI TU M’AIMES, TU N’AS PLUS AUCUNE LIBERTE !

(Version lue Delcourt Erotix)