Miss 130 de Tomo Chiyoji

Miss 130 a fait partie des premiers mangas parus en France au tout début des années 90.

En bref, Miss 130 est un recueil d’histoires courtes où une plantureuse femme vit des aventures sexuelles avec le premier qui passe. Cette héroïne, identique à chaque scène, est une bourgeoise voluptueuse, maquillée, vêtue court et dotée d’un tour de poitrine qui lui vaut son matricule.

En misant tout sur son héroïne, Chiyoji marque des points. Elle est ultra féminine et le personnage reste suffisamment floue pour la placer dans n’importe quelle situation. Elle est tour à tour voleuse surprise devant être fouillée, victime d’un pervers et d’un voyeur, compagne domestiquée pour devenir une affamée de sexe, mère de famille abusée, etc.

Avec cette salope parfaite, le lecteur en prend plein les yeux avec ces mamelles qui balancent, son corps suintant et brûlant, ainsi qu’une voracité sans pareille.

L’album est plutôt bon, mais daté dans sa réalisation. C’est du hentaî pour salaryman un peu frustré qui préfère éjaculer dans un mouchoir. C’est aussi un bel exemple de la pornographie nippone et de la belle maîtrise d’un dessinateur sur un sujet qu’il explore à fond et en tire le meilleur !

– Aaaah… C’est la fièvre du mardi soir… Mon bénitier brûle… J’ai… J’ai besoin de ton gros goupillon pour l’apaiser !

(Version lue DYNAMITE – Collection Outrage)

La Fille de la Plage de Inio Asano

Inio Asano est décrit comme un des mangakas les plus influents du moment.

Inio Asano Fille Plage Couv T1En bref, Koume, jeune lycéenne frêle, se lie d’amitié avec Isobé, un adolescent renfermé. Ils se voient en secret en dehors du lycée et découvrent ensemble la sensualité, puis une sexualité de plus en plus débridée. En parallèle, la psychose d’Isobé se développe.

Il y a 2 mondes dans la Fille De La Plage : la sphère publique avec le lycée et la famille, mais aussi la bulle intime, là où se vit la non-histoire entre les protagonistes. Koume cherche à développer sa vie sociale, à s’intégrer et contenter sa famille, tandis que Isobé est solitaire, son père étant éternellement absent, et tient un blog sur les animés. Inio Asano Fille Plage Couv T2

Les 2 protagonistes ont en commun leur fragilité. Elle est malingre, presque trop frêle et, lui, est particulièrement instable. Le lecteur s’attache à la première de façon quasi paternelle, tandis qu’on redoute de plus en plus les accès maniaques et psychotiques du second.

Ainsi, le drame tisse sa toile, oscillant entre recherches sexuelles, questions sur l’amour ou encore quelle place trouver dans la société. Et ce n’est pas tout tant le récit est riche et interpelle le lecteur sur les motivations de chacun. Au terme des 2 volumes, la tension est palpable et les personnages attachants.

On ne peut que le recommander aux amateurs de récit psychologique intense avec des thèmes adultes, malgré le contexte très adolescent. L’érotisme peut sembler assez froid et manqué de passion, ce n’est que pour rappeler que cette histoire n’est pas masturbatoire.

– On a beau le faire encore et encore, je sens comme un vide à l’intérieur de moi…

(Version lue Editions IMHO Vol1 et Vol2)

New National Kid de Suehiro Maruo

Parler d’un auteur aussi dérangeant que Suehiro Maruo est un exercice délicat. Au fil des tomes dévorés, il m’a fallu m’expliquer pour quoi j’étais fasciné par la noirceur de ces pages. Comment cet artiste qui dépeint des travers humains avec une horreur et une perversion monumentales parvient-il à m’émouvoir de la sorte ?

Suehiro Maruo The New National Kid CouvEn bref, en une vingtaine de récits courts de taille très variable, vous aurez une idée précise des premiers travaux de cet artiste hors norme.

Ces histoires très variées ravageront vos concepts de politiquement correct, voire même du bon goût. En mêlant absurde, violence, sexualité extrême et éléments de la vie quotidienne, chacun se retrouvera dans un cauchemar éveillé. La perversion suinte pour mieux rappeler au lecteur que, lui-même est une créature pleine de failles.

La fascination de Maruo pour notamment l’Allemagne des années 30  ou encore le Japon conquérant est souvent citée pour le décrire, renforçant son caractère sulfureux. C’est oublier trop vite les multiples références au cinéma expressionniste, surréaliste et d’horreur, mais aussi à la culture populaire du manga ou la petite enfance.

Plutôt que de le considérer comme un auteur amoral cherchant à choquer, la lecture de ses œuvres révèle une sensibilité sans limites et un regard sur le genre humain sans fard. Certes, il ne faut pas avoir peur de se confronter à ses propres démons. Peut-être pour mieux se comprendre ?

Suehiro Maruo est, selon moi, un auteur intime, quelqu’un qui m’a touché et interpellé comme peu l’ont fait. Fascinant, dégoûtant, poignant, nul ne sera indifférent. Les plus passionnés y trouveront une poésie et une mélancolie rares.

– Le désir sexuel est à l’origine de la discrimination raciale !

(Version lue Le Lézard Noir)

La Demeure De La Chair de Kazuichi Hanawa

Kazuichi Hanawa est un mangaka atypique. Connu pour « Dans La Prison » (Ego Comme x), il était pour moi un auteur réaliste. Je me trompais en découvrant ses « Histoires Fantastiques » et maintenant la « Demeure de La Chair ».

Kazuichi Hanawa Demeure de la chair COuv

En bref, ce recueil regroupe 14 histoires courtes issues de magazines SM japonais au début des années 70. Sans réel dénominateur commun, ces récits montrent une folie ancrée dans des situations macabres, violentes et amorales. L’érotisme n’est pas l’élément central, le sexe est associé ici à la perversion extrême, rajoutant à la déviation des personnages.

L’eroguro de Hanawa a une saveur particulièrement explosive. Le grotesque des scénarios est souvent porté par la psychologie déformée des personnages et par un dessin de toute beauté, malgré une qualité d’encrage variable selon les histoires.

La folie est au coeur de ses pages. On assiste au glissement de l’âme, à la déformation des codes sociaux, souvent en réaction à une situation sanglante et perverse. Implacablement, le lecteur est plongé dans un monde noir d’horreur perverse complètement fascinante.

Il est intéressant de voir les caractéristiques des personnages féminins tour à tour victimes idéales, puis bourreaux sans coeur. Les hommes sont, eux, décrits comme part intégrale du déséquilibre moral, sanguinaires, vénaux, fétichistes et obsédés.

Si vous ne l’avez pas compris, j’ai adoré la lecture de ce très bel objet plus noir et impactant que la plupart des oeuvres présentées ici en général.

– J’ai… j’ai très mal à l’anus !

(Version lue Le Lézard Noir)

Mutant Hanako de Makoto Aida

Il y a des albums chocs, des véritables injections de plaisirs intelligents et délirants, ceux qui vous donnent des envies de dire à tout le monde qu’il faut le lire, l’acheter encore et encore. Mutant Hanako est un de ces albums.

Makoto Aida Mutant Hanako Couv 1

En bref, 2e Guerre Mondiale, alors que les Etats-Unis se préparent à envahir  le Japon, Hanako rêve de l’empereur qui lui annonce qu’elle est l’Elue, celle qui sauvera son peuple. Suite à sa capture, sa soeur se sacrifie pour qu’elle vive. Violée par le général McArthur, Hanako s’enfuit à bord du Enola Gay et est attachée à la bombe jetée sur Hiroshima. Elle se réveille et devient Mutant Hanako. Elle met tout son être à sa mission, repousser les infâmes américains !

Sous des allures naïves de Sailor Moon sous acide, Mutant Hanako semble dans un premier temps un pamphlet anti-américain primaire, vantant les mérites de l’impérialisme nippon et la nostalgie d’un Japon conquérant. Le manga est nettement moins manichéen qu’il n’y parait. C’est surtout l’aveuglement complet et l’endoctrinement du peuple japonais pour son empereur et son régime féodal d’origine divine qui sont critiqués.

Avec un humour féroce, le pastiche du « Magical Girl » est assumé en y rajoutant une touche de pornographie extrême, qui, ne le cachons pas, manque terriblement à ce genre. Mais Mutant Hanako est aussi le reflet du traumatisme d’un peuple suite aux bombardements atomiques et la confrontation de deux cultures.

En tant que lecteur avide de sensations fortes, Mutant Hanako m’a fourni des émotions rares et prouve de façon presque potache qu’une oeuvre peut être d’une qualité supérieure sans être lisse et propre. Certains seront rebutés par le côté crayonné et les cases irrégulières qui laissent croire à un manga non abouti. Ne vous laissez pas berner, la mise en page y est plus dynamique et recherchée que la majorité des mangas que vous avez lus.

– Au début, ça lui faisait un peu mal, mais maintenant elle prend son pied.

(Version lue Le Lézard Noir)

Minimum T1 de Maya Miyazaki

Maya Miyazaki est une jeune mangaka ayant travaillé avec Playboy Japan.

 Maya Miyazaki Minimum T1 Couv

En bref, Ito est lycéen et passionné de photo. Son ami le pousse à s’intéresser aux filles et notamment aux sites porno. Un soir, il découvre un site étrange et une jeune femme miniature, Haru, sort de l’ordinateur.

Si vous ne le reconnaissez pas, c’est à peu de chose près le scénario de Vidéo Girl Aï. C’est en effet la version moderne du classique de Mazakazu Katsura.

Le cadre du lycée et des tourments liés à l’adolescence, le désir et les bons sentiments sont les mêmes. Le petit personnage virtuel, Haru, incarne un idéal féminin exhibitionniste aux origines mystérieuses, moteur de l’histoire. Le héros, Ito, est un énième ado partagé entre ses hormones et l’amour hollywoodien.

Et l’intelligence de l’auteur est de rester dans la zone que Katsura a épuisée, bons sentiments, petits culottes et ici davantage de poitrine et de suées. C’est bien connu dans les mangas lorsqu’on est stimulé sexuellement, on sue.

C’est mignon, vaguement érotique, et toujours frustrant. Il en faudra plus pour les lecteurs les plus avertis.

– Espèce de puceau ! ne me fais pas la morale !  

(Version lue Glénat)

L’Enfer En Bouteille de Suehiro Maruo

Suehiro Maruo est certainement l’auteur japonais qui trouve le plus de grâce à nos yeux.

Suehiro Maruo Enfer En Bouteille Couv

En bref, 4 histoires récentes dans la production du maître sont au programme.

L’Enfer En Bouteille, qui donne son nom au recueil, raconte la vie de 2 orphelins rescapés d’un naufrage sur une île paradisiaque, attendant un très improbable sauvetage.  La Tentation de Saint-Antoine nous fait suivre un prêtre malmené par ses ouailles et ses propres désirs. Kageno-Mochi nous fait suivre un couple lorgnant sur la richesse de leur voisin masseur. Et enfin Pauvre Grande Soeur est l’histoire d’une adolescente et de son frère particulièrement laid tentant de survivre face à leur père et à la dure société.

Le style est toujours aussi frappant et pur. Les références sont nombreuses et l’auteur glisse des hommages comme à son habitude à ceux qui l’inspirent et l’ont aidé à créer son univers graphique.

On est habitué à ses œuvres délirantes et grotesques. Et la désorientation s’estompe, laissant place au malaise, à la beauté et à la cruauté des scénarios. Les histoires sont cependant de plus en plus morales. Le frère et la sœur du premier récit sont tourmentés lors de l’apparition de leur premiers émois contre-nature. L’avarice du masseur signe sa mort, ainsi que celle du couple. La sœur ne peut sauver personne, puisqu’elle est une prostituée.

Le lecteur verra des récits assagis, assez éloignés de la verve du Yume No Q-Saku. Mais ils n’en restent pas moins des histoires poignantes, parfaitement maîtrisées avec des chefs d’oeuvre à chaque page.

 – Je ne sais pas quand cela a commencé, mais avec le temps, je constatai que le corps d’Ayako devenait de jour en jour d’une beauté lisse et prodigieuse, parfois éblouissante comme une déesse des fleurs, parfois voluptueuse comme une créature démoniaque.

(Version lue Casterman – Sakka Auteurs)

Maria de Kazuo Kamimura

Kazuo Kamimura était un mangaka spécialisé dans les sagas sentimentales. Son œuvre de référence reste « Lorsque Nous Vivions Ensemble ».

Kazuo Kamimura Maria T1 CouvEn bref, dans un lycée de jeunes filles, une nouvelle arrivante, Maria, magnifique jeune femme bourgeoise au charisme implacable débarque dans la classe. Elle s’attire vite les désirs de ses camarades, mais aussi du jeune chef de bande local. Leurs cœurs tourmentés ne peuvent que s’unir dans la passion et le drame.

Le premier tome est choquant. Écrit dans les années 70, Maria aborde des thèmes tabous de la société nippone. Homosexualités et inceste sont au cœur du récit. Le second tome vise l’apaisement et prend une autre tournure, moins provocante. Cependant le goût de soufre reste et la douleur s’y mêle.

Le regard de Kamimura sur le couple, l’amour et lKazuo Kamimura Maria T2 Couva passion dans Maria est sans appel. Ils ne mènent qu’à la mort et ne peuvent se vivre parce qu’ils font mal. Maria ne sera plus la même jeune femme après sa rencontre avec son amoureux.

L’histoire est passionnante, comment une jeune femme éblouissante devient une femme. Le trait est impérial, il suffit de voir le regard de Maria dans les premières pages pour tomber entre ses griffes et les esquisses de paysage ou de chapitre sont à tomber.

L’ensemble peut accuser le coup de l’âge et le ton global pourra décevoir certains (les plus jeunes, je pense), mais c’est une histoire rare et puissante à savourer à sa juste valeur.

– Peu importe qu’une mère soit une débauchée… Et peu importe que son fils trouve la chaleur qu’il cherche dans le sexe de sa mère.

(Version lue Kana – 2 volumes)

A Sens Unique de Yoshikazu Ebisu

Yoshikazu Ebisu est un mangaka.

Yoshikazu Ebisu A Sens Unique Couv 1En bref, « A Sens Unique » est un recueil très bref de 36 pages regroupant 3 histoires pour faire connaissance avec le mode absurde de l’auteur. On goutera à un aperçu de la vie dans le métro, à un récit apocalyptique et un récit symbolique trash. toutes les scènes ont un grain de folie et laisse une marque dans l’esprit du lecteur, un petit coup de griffe à l’âme, un sourire, mais surtout pas mal de questions.

On apprécie le ton frais et affranchi de ces pages, où l’absurde côtoie le symbolisme et un regard mi-tendre, mi-acerbe. A des années-lumière de la production « hentai » et autres, le propos est adulte, léger et assumé.

– Comment pourrais-je introduire mon membre dans un endroit aussi terrifiant ?

(Version lue United Dead Artists)

The Art Of Shintaro Kago

On a parlé de Shintaro Kago pour ses mangas. Il est aussi un grand dessinateur.

Shintaro Kago Art CouvEn bref, Kago est déjà délirant dans ses mangas aux histoires grotesques, crues et particulièrement sanguinolentes. C’est cependant dans ces planches contenues dans ce recueil qu’on y trouve toute la puissance de ses délires.

Avec un trait plein, sans aucune hésitation, et ses couleurs très retravaillées (merci photoshop), Kago montre son esprit visiblement habité de créatures éclatées ne pouvant contenir la furie qui les habite. Les crânes explosent et déversent leur contenu fétide, malade et pervers.

Ses portraits impressionnent par leur vivacité visuelle. L’oeil est sollicité fortement et le regard parcourent les multiples détails dont regorge chaque page.

Les défécations sont nombreuses, drôles et crues, tout comme les boyaux et la chair explosée. Tout y est très organique. On peut trouver l’ensemble trop vulgaire, mais ce sont bien là des œuvres qui marquent le spectateur.

(Version lue Timeless Edition)