John Willie : Sophisticated Bondage Art

Il y a des auteurs cultes, des précurseurs, des artistes qui ouvrent des voies et laissent éclater leurs obsessions, leurs fantaisies. Il n’y a pas à réfléchir concernant John Willie. Sans lui, le Bondage ne serait pas aussi populaire et serait peut-être l’apanage de quelques connaisseurs. Avec le personnage de Gwendoline, mais surtout au travers de son magazine Bizarre, Willie a tout simplement bousculé la société et ses bonnes mœurs.

The First Book of John Willie CouvEn bref, au travers de 2 livres, Glittering Images propose de reprendre les travaux de ce touche-à-tout dessinateur, photographe, « ligoteur », mais aussi rédacteur en chef et éditeur-diffuseur.

Né en 1902, dans une famille anglaise bourgeoise, il est exilé par celle-ci en Australie où il rencontre sa femme, Holly. Avec elle, ses penchants fétichistes et son goût pour le bondage peuvent se révéler davantage. Mais c’est aux Etats-Unis qu’il commencera son travail graphique « publié ».

Le moins que l’on puisse dire est que Bizarre, son magazine, était particulièrement sulfureux pour les années d’après guerre dans une Amérique puritaine. La diffusion était donc clandestine et le prix du magazine prohibitif.

L’intérêt principal de ces livres en multi langues (Anglais, Italien et Français) reste dans la compilation des oeuvres de Willie. Et cela passe par les fameux Gwendoline and the missing Princess, ainsi que The Gold Race (tous deux inachevés), mais surtout ses clichés. En effet, il publiait aussi des histoires en photos et se servait de cette base pour des recherches anatomiques en situation. On y trouvera aussi des illustrations plus anciennes de dessinateurs français des années 30 Carlo et Giffey.

On regrettera la destruction de ses archives par John Willie, juste avant sa mort. Et tout aussi difficile à croire, Irving Claw (qui rendra célèbre Bettie Page) achète les planches originales de Gwendoline et les fait censurer par Eric Stanton où les sujets étaient trop dénudées. Un acte criminel dont Stanton ne s’est jamais remis.

Il nous reste l’oeuvre. Et c’est une plongée dans le fétichisme, les corsets, les cordes, la soumission, etc. Les néophytes auront les yeux ronds, les experts baveront devant son trait sophistiqué et sa mise en scène épurée, ne mettant en scène que la soumise dans son abandon.

60 ans plus tard, l’oeuvre de John Willie continue à inspirer la culture qu’elle soit pop ou spécialisée. Amateurs d’érotisme de tout genre, John Willie doit avoir une place dans votre bibliothèque !

(Version lue Glittering Images)

Gwendoline, En Course Pour la Gold Cup et Autres Raretés de John Willie

Delcourt continue à publier les aventures de Gwendoline, déjà évoquées ici pour le premier volume.

En bref, « Gwendoline, En Course pour la Gold Cup » est un recueil comprenant une histoire complète, quelques récits inachevés et surtout une trentaine d’illustrations en couleurs.

Il est malheureux de constater que Willie a fini peu d’histoire. Si on garde une préférence pour ses dessins plutôt que ses scénarios, connaitre une histoire « de a à z » est toujours plaisant.

« En Course pour la Gold Cup » met en scène Gwendoline, victime idéale, fraîche, candide et pure et U69, une espionne, reine de l’évasion qui n’a rien contre être attachée. Elles vont déjouer les plans de Sire D’Arcy et de sa comparse, la Comtesse, qui veulent rafler l’héritage de la belle.

On retient la force des cases de Willie et ses mises en situations. Les dessins contiennent forcément beaucoup de bondage et de fétichisme (chaussures à talons, bas couture, corsets). La perversité des situations vécues est délicieuse, il y a souvent un second degré aux réflexions avec un trait d’humour de temps en temps. Et tout cela est fait sans situations ouvertement sexuelles.

Un classique de la Bande Dessinée du genre datant des Années 50, c’est assez rare pour foncer dessus et savourer !

– Que dirais-tu de quelques leçons sur les nœuds en attendant?

(Version lue Delcourt Erotix)

Gwendoline, La Princesse Perdue de John Willie

John Willie est le chantre du Bondage. Il a essentiellement publié dans les années 50.

John Willie Gwendoline La Princesse Perdue CouvSi, comme moi, vous ne connaissez pas particulièrement le Bondage, à part sa définition (le fait d’entraver quelqu’un pour son plaisir), cette Bande Dessinée est pour vous. Je dois bien avouer que c’est la curiosité qui m’a poussé à le lire.

En bref, Gwendoline se retrouve aux mains de maîtresses dominatrices qui l’attachent, l’habillent et la martyrisent. Ah oui, il y a une histoire, elle est le sosie d’une princesse et doit prendre sa place pour arranger un mariage. Ne cherchez pas, il n’y a pas de fin. Donc l’histoire n’a pas d’intérêt. De la première à la dernière page, Gwendoline ne sera jamais libre.

Par contre, le lecteur est plongé dans un catalogue de positions multiples révélant le jeu dominant-dominé. Chaque cas met en scène une nouvelle position, un nouveau vêtement. John Willie a créé des noeuds, des costumes et des accessoires.  Le style rappelle le burlesque avec ces corsets, son cuir et ses transparences. Mention spéciale pour les bottes et les masques.

La fraîcheur des poses et leur mise en scène qui rappellent les pin ups américaines d’après guerre sont très déroutantes. On croit reconnaître une actrice du Hollywood de l’époque. Betty Page n’est pas loin. On ne sait jamais la part de jeu. Gwendoline subit elle ou apprécie t’elle ce qui lui arrive?

A noter qu’aucun sexe n’est visible, la censure est certainement à blâmer. Mais il n’en reste pas moins l’un des ouvrages les plus troublants que j’ai lus. Il n’y aucun homme non plus. ils ne sont pas nécessaires dans ces jeux BDSM puisque le sexe n’a rien à voir. On ne parle pas de pénétration, pas de caresses et même pas de désir.

Une vision très sadomasochiste qui laisse un goût bizarre et une forte envie d’en voir encore plus.

– Fifi, allez chercher la tenue de velours noir, les menottes, le bâillon et et les souliers à chaines. En attendant, je vais lui attacher les mains.

(version lue Delcourt Erotix)