Liz et Beth de G. Lévis

G. Lévis est le pseudonyme de Jean Sidobre, le dessinateur des couvertures du Club Des Cinq. Tout un programme !

G Levis Liz et Beth CouvEn bref, Liz est blonde et divorcée. Beth est brune et mariée. Elles sont amies et vivent de multiples histoires. Et je ne vous le cache pas. Il n’y a que le train qui ne va pas leur passer dessus.

Pour vous donner le niveau, tous les personnages qu’elles croiseront finiront sous leurs griffes. Et on serait bien tenté de se laisser prendre tant le trait de Lévis les rend pleines de charmes et tout en rondeur. Le trait est fin et élégant qui n’est pas sans rappeler Frollo. Il y a d’ailleurs beaucoup de similarités entre ces 2 auteurs, notamment leur goût pour les scènes de sexe graphiques et très rapides. Lévis favorise l’enchaînement des scènes et fait avancer son histoire parfois de manière abracadabrante.

C’est, selon moi, plus proche de la pornographie à la française que de l’érotisme. Difficile de garder une scène en tête plus qu’une autre, un moment plus vibrant. Mais il y a un charme désuet, une patine qui rappelle les vieux films porno avec des histoires. Vous voyez? Ben oui, on est encore dans l’exploitation. On sent le quota de cul pour 2 pages d’histoires. Au final, c’est un peu indigeste.

Mais ce n’est pas rendre hommage à ce grand de la BD qui a une construction de pages particulière, mention spéciale au cases sans bord et aux planches entières sur une page.

Liz : Oh Beth, je ne connaissais pas « ces moeurs »!

Beth : Ma chérie, j’aime et … il faut parfois réaliser ses fantasmes…

(Version lue Delcourt Erotix)

MAJ : Dominique LEROY Editions propose les nouvelles aventures (soit les 40 dernières pages de l’intégrale en version couleurs) qui sont plutôt jolies !

Gwendoline, La Princesse Perdue de John Willie

John Willie est le chantre du Bondage. Il a essentiellement publié dans les années 50.

John Willie Gwendoline La Princesse Perdue CouvSi, comme moi, vous ne connaissez pas particulièrement le Bondage, à part sa définition (le fait d’entraver quelqu’un pour son plaisir), cette Bande Dessinée est pour vous. Je dois bien avouer que c’est la curiosité qui m’a poussé à le lire.

En bref, Gwendoline se retrouve aux mains de maîtresses dominatrices qui l’attachent, l’habillent et la martyrisent. Ah oui, il y a une histoire, elle est le sosie d’une princesse et doit prendre sa place pour arranger un mariage. Ne cherchez pas, il n’y a pas de fin. Donc l’histoire n’a pas d’intérêt. De la première à la dernière page, Gwendoline ne sera jamais libre.

Par contre, le lecteur est plongé dans un catalogue de positions multiples révélant le jeu dominant-dominé. Chaque cas met en scène une nouvelle position, un nouveau vêtement. John Willie a créé des noeuds, des costumes et des accessoires.  Le style rappelle le burlesque avec ces corsets, son cuir et ses transparences. Mention spéciale pour les bottes et les masques.

La fraîcheur des poses et leur mise en scène qui rappellent les pin ups américaines d’après guerre sont très déroutantes. On croit reconnaître une actrice du Hollywood de l’époque. Betty Page n’est pas loin. On ne sait jamais la part de jeu. Gwendoline subit elle ou apprécie t’elle ce qui lui arrive?

A noter qu’aucun sexe n’est visible, la censure est certainement à blâmer. Mais il n’en reste pas moins l’un des ouvrages les plus troublants que j’ai lus. Il n’y aucun homme non plus. ils ne sont pas nécessaires dans ces jeux BDSM puisque le sexe n’a rien à voir. On ne parle pas de pénétration, pas de caresses et même pas de désir.

Une vision très sadomasochiste qui laisse un goût bizarre et une forte envie d’en voir encore plus.

– Fifi, allez chercher la tenue de velours noir, les menottes, le bâillon et et les souliers à chaines. En attendant, je vais lui attacher les mains.

(version lue Delcourt Erotix)

Casino de Leone Frollo

Tout comme dans le cinéma, les italiens ont eu leur âge d’or. Leone Frollo est un de ses artisans de l’exploitation qui, flairant les bonnes affaires, a tour à tour, fait du western, mais aussi de l’érotisme.

Leone Frollo Casino 1 CouvEn bref, Casino est une série de récits ayant pour cadre une maison close parisienne au début du 20e siècle. On est dans la Belle Epoque, une période fantasmée, dans un cadre propre à évoquer tous les délires. et c’est le cas. Triolisme, domination, scatophilie et même inceste sont évoqués dans une bonne humeur et un grand naturel.

Les récits sont légers et agréables à lire. Certains passages sont même comiques, voire ridicules. Comme quoi, il est possible de mélanger la comédie et l’érotisme. Il n’y a aucune continuité dans les enchaînements d’histoires. Le lecteur est tantôt placé dans le regard de Madame Georgette, tantôt dans l’œil d’une petite mouche indiscrète. Le « One Two Two », le nom de l’établissement, est le lieu de toutes les satisfactions et chaque lecteur y trouvera son compte.

Le dessin est très maîtrisé, bien que classique. On n’est pas loin du fumetti, l’école où Frollo a exercé. Le style de Frollo est reconnaissable, il dévoile sans pudeur tous les excès et actes des clients et la grande conscience professionnelle de ces dames. Un point positif est la variété des femmes présentées, elles sont rondes, fines, blondes, brunes, etc. Elles ont, de plus, leur spécialité et certaines sont étonnantes! Leone Frollo Casino 2 Couv

Cependant, on est dans un genre plus proche de la pornographie bon enfant que dans l’essai érotique. Ici, on aime les situations, on ne magnifie rien, on dévoile, on montre. C’est une véritable succession de scènes qui peut laisser perplexe. Mais le tout reste sympathique, mais peut être un peu réducteur. De là, à voir une ode aux travailleuses du sexe, c’est un pas que je ne fais pas. La situation, le lieu, les personnages sont fantasmés.

Une image d’Epinal d’un lupanar de luxe en gros.

– Rien à faire ! Le seul et unique échec de ma carrière de pute !

(Version lue Delcourt Erotix 5 tomes)

(MAJ 25/01/2012 : à l’occasion de la sortie du 3e volume)

Emmanuelle de Guido Crepax

Guido Crepax est un des maestro italiens de la Bande Dessinée érotique.

EMMANUELLE - C1C4.inddEmmanuelle est l’adaptation du livre d’Emmanuelle Arsan qui a, bien entendu, donné le film érotique le plus connu.

En bref, Emmanuelle est l’histoire d’une jeune femme mariée se livrant à toutes les découvertes les plus sensuelles en extrême Orient.

Bien plus intelligent dans son cadrage que Manara, chaque planche fait l’objet d’une attention toute particulière, ce qui fait que la BD reste très moderne. Le cadre s’attarde sur ces petits détails que l’on peut avoir vécu, un doigt glissé sous un vêtement, un téton jaillissant, une goutte de sueur, un changement dans le regard,etc. Son trait de dessin est assez unique. Les corps sont filiformes, les visages anguleux, mais tout provoque la tension.

Bien que l’on reste dans une représentation très temporelle (les années 70 sont très présentes dans le style vestimentaire notamment), les situations sont très bien rendues dans les regards et les attitudes. Je n’avais pas retenu ça du film à titre de comparaison.

Le tout est une sorte de leçon et d’appel à la sensualité et à la jouissance, couplé au cadre des années 70. On est dans l’ère de la libération de la Femme et des moeurs. C’est donc une oeuvre marquante dans l’érotisme et ses codes. On n’est plus dans la satisfaction du désir de l’homme, mais dans la révélation de la femme. Une oeuvre pour laisser de côté ses préjugés. Selon moi, c’est L’Erotisme avec un grand E. Déroutant, extrêmement charnel, moite et sensuel.

(version lue Delcourt Erotix)

Le Déclic de Milo Manara

Milo Manara est certainement le plus connu de tous les auteurs de BD érotiques. Son dessin est un hommage vibrant à la féminité.

LE DECLIC INTEGRALE N&B NE.indd.pdfLe Déclic est la série par laquelle je l’ai découvert adolescent. Et les émois provoqués sont encore des souvenirs vifs en moi. Les courbes et l’indécence de son héroïne, Claudia Christiani, restent l’élément central de cette « saga » qui s’étale sur 4 tomes et est réunie en une intégrale. En bref, c’est l’histoire d’une femme bourgeoise plus que guindée dont les désirs sont contrôlés par une télécommande qu’elle ne maîtrise pas bien entendu.

Sur les 4 volumes, l’histoire est inégale. Autant les 2 premiers sont très bons poussant la « pauvre » Claudia dans des situations très coquasses dans un crescendo assez hallucinant, mais restant dans le domaine de l’érotisme. Autant le 3e laisse un goût amer avec son histoire de secte amazonienne totalement excentrique. Enfin le dernier revient sur les bases, mais n’arrive pas à l’intensité des premiers tomes. Le tout reste quand même de très bonne facture et d’un niveau assez rare.

Le pitch de base repose essentiellement sur la femme BCBG qui se révèle volcanique. Le fantasme macho par excellence. De plus, la boite et sa fonction fantastique du contrôle total du désir féminin est bel et bien l’objet que voudrait posséder tout homme pour assouvir son fantasme de domination. On peut remarquer que les hommes (à une exception près) sont tous laids et et les femmes magnifiques écrasantes de beauté, la boite permettant ainsi de rétablir l’équilibre.

Il y a un vrai rapport voyeur/exhibitionniste. De l’héroïne se dévoilant impudique et pleine de désirs, comme dans le 1er tome et la scène de la bougie par exemple ou le lecteur assistant à la fellation et sodomie « forcées » dans le cinéma face à un mari complètement démuni ou encore la scène cruelle de fouet du 2e tome. Le lecteur la plaint comme il la désire à son tour. Cette femme existe t’elle?

C’est un véritable hommage. Manara magnifie sur chaque dessin la femme dans son relâchement le plus total. Chaque pose est d’une virtuosité et enivre le lecteur qui en redemande. Malgré la qualité en dessous des derniers tomes, tout se lit avec plaisir.

Comme souvent chez Manara, il y a deux invités de marque, deux incarnations de l’homme, deux sosies : James Dean et Marlon Brando (période hamburger). Mais aussi il reprend le personnage de Miel du « Parfum de l’Invisible » et son apparition ne laisse pas indifférent !

(Version lue Intégrale en Noir et Blanc Edition Drugstore-Glénat)